Les recommandations sur la vaccination des veaux contre la DNC illustrent une fois de plus le manque d’anticipation des autorités sanitaires. En 2025, lors de la première campagne de vaccination, il s’agissait évidemment de vacciner les veaux de mère non vaccinées. En 2026 la question s’est posée pour la revaccination des adultes et des veaux nés de mère vaccinée quelques mois auparavant.
En résumé la vaccination des veaux de mère vaccinée est possible dès trois mois et doit être effectuée avant l’âge de 6 mois.
La vaccination des veaux de mère non vaccinée est officiellement possible dès la naissance mais d’après les études scientifiques et les experts elle ne devraient avoir lieu qu’en cas de risque élevé et imminent (épizootie active, circulation vectorielle forte, foyer proche). En effet, du fait de l’immaturité du système immunitaire la vaccination peut-être inefficace et mettre en danger la santé du jeune veau.
Veaux de mère vaccinée
En ce qui concerne les veaux de mère vaccinée, la notice du vaccin Lumpyvax-Bovilis de Merck (comme l’ATU) précise qu’ils doivent être vaccinés entre 4 et 6 mois d’âge. En effet l’immunité vaccinale acquise par la mère est transférée au veau par le colostrum et persiste chez celui-ci 4 à 6 mois selon la plupart des experts (et seulement 2 mois selon Kumar [1]. Mais les anticorps vaccinaux transmis par le colostrum peuvent interférer avec la réponse vaccinale active : le vaccin est un virus vivant atténué dont la réplication peut être bloquée par ces anticorps. Si le virus vaccinal ne se développe pas, il ne pourra pas stimuler le système immunitaire du veau.
Cependant le gouvernement préconise la vaccination des veaux dès l’âge de 3 mois [2] . Certains éleveurs se sont questionné sur cette discordance de temporalité.
Il existe au moins trois études scientifiques [3] qui montrent que lorsque les veaux sont séparés de la mère après avoir été nourris au colostrum pendant un à deux jours, ils n’ont plus d’anticorps maternels au bout de trois mois et que la vaccination est donc possible.
Pour les veaux nourris sous la mère, aucune étude n’a été effectuée. Mais les anticorps sont surtout présents dans le colostrum et pas dans le lait. L’intestin du veau devient imperméable aux anticorps dès les premiers jours de vie [4]; donc on peut supposer que la disparition des anticorps maternels contre la DNC est bien complète à partir de 3 mois comme chez les veaux de vache laitière.
Il est donc logique que les autorités recommandent en mars 2026 de vacciner à partir de 3 mois d’âge les veaux nés de mère vaccinée. On peut donc regretter la publication de cet avis sur le rapport parlementaire de la mission flash de trois députées de février 2026 : « La couverture vaccinale est d’un an au minimum pour les animaux adultes alors que les veaux, qui ont accès à la vaccination à partir de trois mois, bénéficient d’une immunité via le colostrum jusqu’à six mois. »
. [5] Cette chronologie nous laisse penser que les autorités n’ont pris conscience de ce délai de 3 mois plutôt que de 4 ou 6 mois seulement en mars 2026 pour la revaccination du printemps 2026!
Veaux de mère non vaccinée
Pour la vaccination des veaux de mère non vaccinée, les autorités ont suivi en 2025 les notices des vaccins OBP et Lumpyvax qui précisent que les veaux peuvent être vaccinés à tout âge. On retrouve cette recommandation sur toutes les sources scientifiques (WOAH par exemple). Cependant, il n’existe aucun essai en laboratoire ou témoignage en vie réelle publié de vaccination de veaux à la naissance ou à quelques jours de vie.
Une seule publication concerne des veaux jeunes [6]. Dans une ferme où des veaux de âgés d’un mois ont été vaccinés, l’efficacité sur la protection contre la maladie a été moindre que chez les adultes. Les auteurs attribuent cela à une immaturité du système immunitaire. On peut raisonnablement supposer que le vaccin sera encore moins efficace chez un veau nouveau-né.
Les éleveurs ont appris le 26 mars 2026 par un SMS du GDS du Rhône et sur sa page FaceBook [7] qu’ils devaient revacciner les veaux vaccinés à l’âge de moins de 3 mois à l’automne 2025. Il est donc vraisemblable que les experts aient pris connaissance de la littérature scientifique seulement au début de 2026 concernant ce sujet. L’ANSES a été en effet saisie le 2 mars 2026 au sujet de la revaccination en 2026 et de la durée de l’immunité vaccinale. Dans son rapport du 20 mars 2026 [8] l’ANSES reconnait cette immaturité du système immunitaire des jeunes veaux de moins de 6 mois.
Ce rapport n’a été publié qu’en avril 2026 [9] alors qu’il s’agissait d’un sujet urgent (la raison de ce retard n’est pas mentionnée).
Des données de terrain ont-elles alerté les experts sur ce défaut probable d’immunisation des jeunes veaux? Ont-ils fait pratiquer des sérologies et remarqué que les taux d’anticorps de ces veaux étaient trop faibles? Il eût été judicieux de s’en préoccuper à l’automne, cela aurait pu éviter des effets indésirables chez ces veaux trop jeunes pour être vaccinés. Nous avons en effet reçu des témoignages d’éleveurs concernant des veaux décédés après vaccination. D’après d’autres témoignages, lors des vaccinations en série dans le Sud-Ouest, il est arrivé que les vétérinaires vaccinent des vaches en train de vêler et le veau dès la naissance. Ceci pour des raisons logistiques : pour ne pas avoir à revenir dans la ferme plus tard pour vacciner les veaux nouveau-nés. Le cas de l’élevage de Virginie Dalléry dans la Loire (Neulise) mérite d’être rapporté : la propriétaire a refusé la vaccination et elle a subi une vaccination forcée. Une tentative de vaccination forcée a échouée le 12 mars 2026 grâce à la présence de Maître Protat sur place. Mais le 23 mars 2026 des gendarmes sont entrés sans prévenir dans l’établissement; ils accompagnaient les vétérinaires sanitaires pour qu’ils vaccinent son troupeau. Ils ont eu le temps de vacciner 4 veaux âgés de 3 semaines à 3 mois avant que Me Dalléry ne les entende, elle a alors téléphoné à Maître Protat qui a réussi à arrêter la vaccination de force car les conditions légales n’étaient pas respectées. Les vétérinaires ont refusé de remplir le carnet sanitaire de l’éleveuse. Les vétérinaires sont revenus le 8 avril 2026, toujours accompagnés de la force publique et ont profité de l’absence de la propriétaire pour vacciner tout son troupeau. Ils ont rejeté l’obligation légale de la présence de l’éleveur et de son avocat pour ce type d’opération.
En conclusion, comme en 2025, il n’y a pas d’urgence à vacciner les veaux à la naissance en 2026. C’est même contre-productif si on considère l’immaturité immunitaire (efficacité potentiellement moindre) et le stress sur les nouveau-nés. Les veaux nouveau-nés sont effectivement fragiles : leur système immunitaire inné est immature, et l’immunité adaptative met du temps à se mettre en place pleinement (plusieurs semaines pour une réponse robuste). Ils dépendent fortement du colostrum pour une immunité passive immédiate contre de nombreuses infections. Une vaccination précoce pourrait théoriquement être risquée si elle surchargeait un organisme immature ou provoquait une réaction excessive.
Pendant combien de temps les vaches peuvent-elles transmettre l’immunité maternelle aux veaux? Cette question n‘a pas été abordée dans le rapport de l’ANSES de mars 2026. Mais les nouveaux cas apparus en Sardaigne en avril-mai et juillet 2026 posent un nouveau problème. D’après le Ministère de la Santé italien des veaux d’environ 4 mois sont décédés de la DNC autour du 14 avril 2026 dans un élevage où les mères avaient été vaccinées en 2025 [10]. On peut interpréter cet échec vaccinal de deux façons : soit les veaux ont bien reçu l’immunité colostrale à la naissance et l’ont perdue comme attendu au bout de 3-4 mois, soit les mères vaccinées à l’été 2025 ne transmettent plus d’immunité maternelle au début de 2026. Cette résurgence de la maladie peut aussi être expliquée par le retour des insectes vecteurs en quantité : les veaux ayant atteint l’âge de 3 mois en hiver et ayant certainement perdu leur immunité maternelle n’ont pas développé la maladie car les insectes étaient trop peu nombreux pour délivrer assez de virus à un seul animal. Il faut espérer que les autorités italiennes se sont préoccupées de cette question et ont dosé les anticorps chez les vaches au printemps 2026. Dans tous les cas cette résurgence confirme bien que la vaccination permet la circulation silencieuse du virus et ne permet pas d’éradiquer la maladie.
Notes
[1]Kumar et al. Pathogenicity and virulence of lumpy skin disease virus: A comprehensive update. Virulence. 2025 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12036493/
[2] GDS Bourgogne https://gtvbfc.com/index.php/2025/12/11/dermatose-nodulaire-contagieuse-en-savoie-et-haute-savoie-point-de-situation/ , la Dépêche Vétérinaire https://www.depecheveterinaire.com/dnc-lancement-de-la-deuxieme-campagne-de-vaccination-a-compter-du-18-mars_679E558A4273B071.html , GDSAura https://www.frgdsaura.fr/dnc-vaccination et le GTV Bourgogne https://gtvbfc.com/index.php/2025/12/11/dermatose-nodulaire-contagieuse-en-savoie-et-haute-savoie-point-de-situation/
[3] Agianniotaki et al. Colostrum transfer of neutralizing antibodies against lumpy skin disease virus from vaccinated cows to their calves. Transbound Emerg Dis. 2018 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30054980/
Rittipornlertrak et al. Persistence of passive immunity in calves receiving colostrum from cows vaccinated with a live attenuated lumpy skin disease vaccine and the performance of serological tests. Front Vet Sci. 2024 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11148353/
Samojlović et al. Evaluation of longitudinal passive immunity transfer against lumpy skin disease virus in calves by different serological methods. Vet Res Commun. 2024
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11315755/
[4] Godden et al. Colostrum Management for Dairy Calves. Vet Clin North Am Food Anim Pract. 2019 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7125574/ Stott et al. Colostral immunoglobulin transfer in calves I. Period of absorption. J Dairy Sci. 1979 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/536479/
[5] Géraldine Grangier, Nicole Le Peih et Manon Meunier : mission d’information flash sur la prévention et la gestion des crises sanitaires dans les élevages. Février 2026, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/commissions-permanentes/affaires-economiques/missions-de-la-commission/miflash-gestion-sanitaire-elevages
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/documents/criseelev/l17n99290289_document.pdf
[6] Bazid et al. Emergency vaccination of cattle against lumpy skin disease: Evaluation of safety, efficacy, and potency of MEVAC® LSD vaccine containing Neethling strain. Vet Res Commun. 2023 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9734455/
[8] Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à « la durée de l’immunité post-vaccinale et la possible interférence immunitaire chez des animaux déjà vaccinés concernant la dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNC) » ANSES, 20 mars 2026 https://www.anses.fr/system/files/SABA-2026-SA-0043.pdf
[10] . (Ministero della salute, 16 avril 2026 https://www.fnovi.it/sites/default/files/LSD%20comunicazione%20al%20territorio%20primo%20focolaio%202026_signed.pdf