Puisque nous nous sommes presque tous vaccinés anti-Covid, non pour éviter la mort mais pour pouvoir prendre un avion et partir à la plage, autant continuer dans la prévention sanitaire imbécile. Qu’y a-t-il dans nos crèmes solaires, qu’allons-nous étaler sur la peau de nos enfants que nous allons livrer bientôt au même vaccin que nous à partir de septembre? Anne Gourvès (*) nous revient enfin après deux ans d’une absence (**) parfaitement injustifiée. Championnat d’Europe approchant elle a dû en profiter pour parfaire sa palette de gestes litigieux au baby-foot, nous verrons ses progrès lors de notre prochain congrès Marseillais de septembre (***). Qui veut de l’octocrylène pour éviter le cancer? Bonne lecture… 

Introduction

Nos produits solaires sont-ils cancérigènes ? Des chercheurs français et américains ont lancé un énorme pavé dans la mare le 7 mars de cette année avec une nouvelle étude sur l’un des ingrédients les plus présents dans nos produits solaires. Si cette étude a été reprise par de nombreux médias lors de sa sortie, les résultats en sont néanmoins souvent minimisés. Aujourd’hui, les journalistes ne relayent plus qu’un problème de « vieillissement de produit » alors qu’il s’agit d’un véritable scandale sanitaire.

La FEBEA, syndicat des entreprises de la beauté qui se dit garantir la sécurité des consommateurs, dément corps et âme la réalité de cette étude et maintient que les produits solaires sont sûrs. Encore une fois, que ce soit dans le domaine du médicament ou dans la cosmétique, les intérêts économiques passent avant la santé des consommateurs.

La crème solaire, encore et toujours sur la sellette

Chaque année, des millions de français utilisent des produits solaires afin d’éviter les coups de soleil, mais aussi pour prévenir les cancers cutanés ou encore le vieillissement cutané en arrêtant une grande partie de la pénétration des ultraviolets de type A ou B (UVA, UVB). C’est dans les années 70 que les premiers produits possédant un indice de protection solaire sont apparus.

Aujourd’hui, on trouve une protection contre les UV non seulement sur des produits solaires, y compris dans des produits appliqués sur la semi-muqueuse fine et fragile des lèvres, mais également sur des crèmes hydratantes, des produits de maquillages ou des produits anti-âge.

Les produits solaires sont soumis à une réglementation beaucoup plus stricte que les autres produits cosmétiques car ils s’inscrivent dans un enjeu de santé publique via la prévention des cancers cutanés ( hors mélanomes). Les ingrédients qui assurent cette protection sont des ingrédients spécifiques, des filtres chimiques ou des écrans minéraux, enregistrés auprès des autorités de santé. Il faut quasiment autant de temps pour développer un nouveau filtre solaire que pour un médicament. Un produit solaire contient un mélange de filtres, car on ne peut assurer l’arrêt des UVA et UVB avec un seul filtre solaire.

Octocrylène et benzophérone

En mars 2021, une étude franco-américaine (1) a démontré que l’un des filtres solaires les plus utilisé, l’octocrylène (2), est capable de se dégrader en un autre composant, la benzophénone, connue comme mutagène, cancérigène (3) et perturbateur endocrinien (4). Les industriels savent que la benzophénone est un contaminant de l’octocrylène, car elle ne peut être entièrement éliminée lors de la production de l’octocrylène. Mais l’industrie a toujours mentionné que sa présence dans les produits était négligeable et sans danger.

Pas si négligeable que ça selon cette nouvelle étude !

https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.chemrestox.0c00461#

Les auteurs ont analysé 5 produits solaires, 2 produits anti-âge, présents sur le marché français et 8 produits solaires du marché américain, qui contenaient de l’octocrylène.

Tous les produits ont révélé la présence de benzophénone en quantité déjà significative, et cette quantité augmente avec le temps. En effet, grâce à un procédé de vieillissement accéléré du produit simulant 1 année d’utilisation, l’étude révèle une augmentation de concentration de benzophénone allant jusqu’à 200% !

Cette dégradation ne dépend pas d’une exposition à l’air et peut donc se faire même lorsque le produit n’a pas été ouvert. C’est à dire que cette quantité de benzophénone peut être présente dès l’achat du produit puisque les produits se vendent jusqu’à 3 ans après leur fabrication.

Si vous achetez un produit solaire dont la date de péremption est juin 2023, c’est qu’il a été fabriqué en juin 2020. S’il contient de l’octocrylène, il y a déjà eu une année de dégradation, soit jusqu’à 200 fois la concentration initiale en benzophénone.

Ils ont également montré que le taux d’augmentation de la concentration de benzophénone dépend davantage de la formulation et de la stabilité du produit que de la concentration initiale en octocrylène dans ce produit. Quoiqu’il en soit, la concentration en octocrylène n’est jamais mentionnée sur un produit cosmétique.

Benzophérone et modes d’absorption

Aux Etats-Unis la benzophénone est interdite dans les aliments et les emballages. Mais « en termes d’absorption, par la bouche ou par la peau c’est presque identique » révèle le Dr Didier Stien, co-auteur de l’étude lors d’une interview pour l’Usine Nouvelle (5). En effet, 70% de la benzophénone contenue dans un produit dermatologique serait absorbé par la peau et dans le corps (6). L’état de Californie a d’ailleurs fait une proposition de loi pour limiter les concentrations en benzophénone dans les cosmétiques. Les taux trouvés dans l’étude étaient tous supérieurs aux limites proposées par la Californie.

En mars 2019, 2999 produits enregistrés pour la vente aux USA contenaient de l’octocrylène.

Les produits solaires ne sont pas des produits utilisés comme tous les produits cosmétiques, puisque leur efficacité dépend de la quantité de produit appliqué et du renouvellement de cette application plusieurs fois par jour. Ainsi, si l’on tient compte des recommandations d’application de ces produits au travers des propagandes marketings mais aussi par les professionnels de la santé (formés par les laboratoires), on se rend compte que les concentrations de filtres solaires retrouvées dans le sang dépassent les seuils établis par la FDA (7)(8) , et la concentration d’exposition à la benzophénone peut ainsi facilement dépasser les 100 mg/kg/jour !

Impacts environnementaux des crèmes solaires

Quant à l’impact environnemental, ce sont à la fois l’octocrylène et la benzophénone qui constituent une menace sérieuse pour l’écologie. La benzophénone avait d’ailleurs été enregistrée par Monsanto en 1954 comme herbicide (9).

L’octocrylène est lui-même un perturbateur endocrinien, toxique pour le développement et facteur de stress métabolique tant pour les poissons que pour les coraux (10)(11) .

Des études préliminaires suggèrent également que l’octocrylène pourrait jouer un rôle dans les processus de carcinogénèse (12).
Si le risque cancérigène de la benzophénone ou de l’octocrylène n’a pas été démontré chez l’homme jusqu’à présent, ce risque demeure important car cet effet cancérigène est bien réel sur les modèles animaux.

Les méfaits de l’octocrylène sont connus depuis une dizaine d’années. Ceux de la benzophénone depuis 20 ans.
Et pourtant, aujourd’hui, et malgré cette nouvelle étude, on va continuer à vous dire que le risque pour la santé est nul, et que vous pouvez continuer à utiliser ces ingrédients sur votre peau en toute sécurité. Et le 1er à tenir ce discours, c’est bien sûr la FEBEA, la fédération des entreprises de la beauté.

FEBEA et enfumage

La FEBEA réunit 6 syndicats et sa mission principale est clairement affichée sur son site : « la FEBEA a pour mission essentielle d’assurer par tous les moyens (fiscal, règlementaire, juridique…) le cadre le plus favorable au développement des activités de ses adhérents ».

Ainsi ses 25 collaborateurs interviennent dans les ministères, les administrations, les ONG, les associations de consommateurs ou encore les cercles scientifiques. Plus de 300 sociétés opérant en France sont adhérentes de la FEBEA, représentant plus de 95% du chiffre d’affaire du secteur de la beauté. Et la FEBEA a tout intérêt à défendre coûte que coûte ses adhérents car le montant des cotisations se compte en millions d’euros.

La FEBEA reste aujourd’hui l’interlocuteur n°1 de la presse pour toute information concernant le secteur de la beauté, et principalement en cas de polémique. Ce groupe de syndicats représente donc un poids considérable concernant le lobbying auprès des pouvoirs publics en se positionnant comme porte-parole de plus de 300 professionnels de la beauté.

Difficile dès lors de comprendre comment cette fédération qui prétend garantir la sécurité des consommateurs peut réellement assurer ce rôle en cas de polémique médiatique qui a un risque fort d’impacter le chiffre d’affaire de ses adhérents.

Et c’est bien son attitude concernant l’octocrylène. La FEBEA a réaffirmé au travers de la presse (12) que les produits solaires contenant de l’octocrylène sont sûrs pour la santé, niant totalement les résultats de cette étude : « Les informations figurant dans cette étude ne mettent pas en évidence de risque pour la sécurité et la santé des consommateurs ». Et concernant les quantités de benzophénones trouvées ? Réponse de la FEBEA :

  • « Il est veillé à ce que les quantités soient toujours en dessous des seuils de toxicité afin de garantir une totale innocuité sur la santé des personnes ».
  • « Dans toutes les hypothèses, ces traces de benzophénone n’ont donc aucun impact sur la santé. ».

C’est comme s’ils balayaient simplement cette étude d’un revers de la main, niant l’augmentation dans le temps des quantités de benzophénones dans les produits contenant de l’octocrylène. Le démenti de la FEBEA ne tient donc absolument pas compte des données scientifiques actualisées par cette nouvelle publication.

Crème solaire et réduction des cancers cutanés?

La FEBEA rajoutera également qu’il est préférable de rassurer les consommateurs sur l’utilisation de ces produits, car induire un doute de sécurité au travers de cette étude pourrait inciter les utilisateurs à restreindre leur consommation de produits solaires. Ils rappellent donc que les cancers cutanés sont ceux qui progressent le plus en France chaque année.

Oui justement….malgré une augmentation drastique de la consommation de produits solaires depuis les années 80 pourquoi ne voit-on aucune diminution de l’incidence des cancers cutanés (14)?

Je ne cherche pas ici à inciter les personnes utilisatrices de produits solaires à arrêter de protéger leur peau contre les méfaits de l’exposition prolongée aux UV, mais il serait temps de reconsidérer la balance bénéfices-risques d’une utilisation régulière de ce type de produits.

Si l’octocrylène est aujourd’hui un filtre sur la sellette, ne faudrait-il pas aussi se préoccuper de la présence de nanoparticules dans la plupart de ces produits ? Même des produits solaires bio ont été incriminés. En effet, un rapport de l’ONG Wecf (Women Engage for a Common Future) (15) avait fait beaucoup de bruit en juin 2020 mettant en cause la présence de nanoparticules dans des produits solaires bio qui ne le mentionnaient pas sur l’emballage. Que penser aussi de la présence d’hydroxyde d’aluminium ou autre dérivés aluminiques ?

 

Crèmes solaires et biosynthèse de la vitamine D

Sachant que la propriété des produits solaires est d’arrêter le passage des UV de type B, que penser également de la synthèse de vitamine D ?

En effet 80% de notre vitamine D provient de notre exposition aux UVB.

Pourquoi la dernière étude en date (16) voulant démontrer que les produits solaires permettent la synthèse de vit D n’utilise que des produits de faible indice (SPF 15) alors que les produits les plus utilisés aujourd’hui sont des SPF 50+ et arrêtent bien plus d’ UVB que les SPF 15 ?

Si des produits d’indice plus élevés avaient été étudiés n’auraient ils pas montré une baisse importante de la synthèse de vitamine D comme il a été montré dans d’autres études ?

A-t-on raison de faire autant de propagande en faveur de la consommation de produits solaires lorsque l’on sait que l’exposition aux UVB est susceptible de diminuer l’incidence ou la mortalité des cancers les plus meurtriers : sein, côlon, prostate, et lymphomes selon un mécanisme qui ferait intervenir la vitamine D ?

Une fois de plus, nous sommes en droit de nous demander si les intérêts économiques ne priment pas sur la santé des consommateurs et si la balance bénéfices-risques est réellement bien évaluée.

Conclusion

Le produit solaire idéal n’est pas encore né. Reste donc à chaque consommateur de les utiliser avec parcimonie et bon escient. Médicaments, vaccins ou cosmétiques, le discours est donc toujours le même dans le cadre d’une polémique : circulez, il n’y a rien à voir !

Le but ? Gagner du temps. La FEBEA connaît très bien le problème de l’octocrylène et de la benzophénone et cette dernière étude ne fait que tirer une nouvelle sonnette d’alarme.

Mais il faut du temps et beaucoup d’argent pour reformuler tous les produits qui contiennent des ingrédients controversés. Il faut ainsi en moyenne 12 ans entre le moment où les études montrent une problématique de santé concernant des ingrédients dans des produits de consommation et le retrait de ces ingrédients. Alors les industriels font des démentis inlassablement auprès des consommateurs qui, de toutes manière, ne lisent pas les publications scientifiques. Et les journalistes se font également coincer par la puissance du lobbying industriel, « omettant » de dire certaines vérités dérangeantes.

Ainsi, dans cette histoire d’octocrylène les médias alarment seulement les consommateurs sur le risque de dégradation des ingrédients dans leur produit, rappelant ainsi qu’il ne faut pas oublier de racheter de nouveaux produits solaires chaque année pour éviter un risque de toxicité évoqué par une petite étude inutilement alarmiste du mois de mars.

Voilà comment, par de jolis détours, une problématique sérieuse de santé publique suggérant l’utilisation de produits solaires potentiellement cancérigènes se retourne en faveur des industriels : « pour votre santé, changez vos produits solaires plus souvent ». On balaye le risque toxique et l’on incite à une augmentation de la consommation.

La FEBEA a bien pris sont rôle principal au sérieux : défendre les intérêts économiques de ses adhérents au détriment de la santé des consommateurs.

Dr Anne Gourvès
Juin 2021

 

 

Notes et sources
(*) Anne Gourvès (pseudonyme), Docteur en Biologie, spécialiste en génotoxicologie, travaille pour un grand groupe pharmaceutique européen
(**)  https://www.aimsib.org/2019/05/12/vaccynisme-et-realite/
(***) Congrès AIMSIB le 18 Septembre 2021, Marseille, Jauge de la salle réduite à une centaine de participants, lieu de la manifestation, programme et liste des invités publiés dans les jours à venir, l’ensemble des communications sera disponible gratuitement auprès de tous les membres à jour de leurs cotisations
(1) Downs, C.A., DiNardo, J.C., Stien, D., Rodrigues, A.M.S., and Lebaron, P. (2021) Benzophenone accumulates over time from the degradation of octocrylene in commercial sunscreen products. Chem. Res. Toxicol. 34, 4, 1046–1054 https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.chemrestox.0c00461#
(2) ou 2-ethylhexyl 2-cyano-3,3-diphenyl-2-propenoate
(3) IARC Monograph Benzophenone, Vol 101, IARC, Lyon, France. https://monographs.iarc.fr/wp-content/uploads/2018/06/mono101-007.pdf.
(4) Kawamura, Y., Mutsuga, M., Kato, T., Iida, M., and Tanamoto, K. (2005) Estrogenic and anti-androgenic activities of benzophenones in human estrogen and androgen receptor mediated mammalian reporter gene assays. J. Health Sci. 51, 48– 54
(5) « Il faudrait interdire l’octocrylène dans les produits cosmétiques », juge Didier Stien du CNRS. L’Usine Nouvelle, 9 mars 2021. https://www.usinenouvelle.com/article/il-faudrait-interdire-l-octocrylene-dans-les-produits-cosmetiques-juge-didier-stien-du-cnrs.N1068939
(6) Bronaugh, R.L., Wester, R.C., Bucks, D., Maibach, H.I., and Sarason, R. (1990) In vivo percutaneous absorption of fragrance ingredients in rhesus monkeys and humans. Food Chem. Toxicol. 28, 369– 373
(7) Goodman, B. (2020) FDA sunscreen report raises concern over chemicals, WebMD, New York. https://www.webmd.com/skin-problems-and-treatments/news/20200121/fda-skin-absorbs-dangerous-sunscreen-chemicals. (ccessed 2020-10-06)
(8) Matta, K.M., Florian, J., Zusterzeel, R., and coll. (2020) Effects of sunscreen application on plasma concentration of sunscreen active ingredients. JAMA. 2020;323(3):256-267
(9) Erickson, F. B., and Schlesinger, A. H. Herbicidal compositions. Patent US2671016A, March 2, 1954
(10) Rodrigues-Gómez, R., Zafra-Gómez, A., Dorival-Garci, B., Ballesteros, O., and Navalón, A. (2015) Determination of benzophenone-UV filters in human milk samples using ultrasound-assisted extraction and clean-up with dispersive sorbents followed by UHPLC-MS/MS analysis. Talanta 134, 657– 664
(11) Cho, Y. J., Yun, J. H., Kim, S. J., and Kwon, H. Y. (2020) Nonpersistent endocrine disrupting chemicals and reproductive health of women. Obstet. Gynecol. Sci. 63, 1– 12
(12) Zdravković, T. P., Zdravković, B., Zdravković, M., Daris, B., Lunder, M., and Ferk, P. (2019) In vitro study of the influence of octocrylene on a selected metastatic melanoma cell line. G. Ital. Dermatol. Venereol. 154, 197– 204
(13) La FEBEA réaffirme que les produits de protection solaires sont sûrs pour la santé. Mars 2021. https://www.febea.fr/fr/vos-produits-cosmetiques/actualites/la-febea-reaffirme-que-produits-protection-solaire-sont-surs-la
(14) « Les Cancers en France« , édition 2013, p55, Institut National du Cancer
(15) Produits solaires pour enfants, trop de substances préoccupantes, une enquête de Wecf et Agir pour l’Environnement, juin 2020 https://wecf-france.org/wp-content/uploads/2020/07/WECF_Produits-Solaires_40p-HD.pdf
(16) Young, A.R., Narbutt, J., Harrison, G.I., Lawrence, K.P., Bell, M., O’Connor, C., Olsen, P., Grys, K., Baczynska, K.A., Rogowski-Tylman, M., Wulf, H.C., Lesiak, A., and Philipsen, P.A. (2019) Optimal sunscreen use, during a sun holiday with a very high ultraviolet index, allows vitamin D synthesis without sunburn. Br. J. Dermatol. ; 181, 881-882 https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/bjd.17888

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