Quand la pseudo-science se perd dans les marécages des liens d’intérêt

Ne pas confondre avec la bouillie bordelaise (un truc anti-champignon à base de sulfate de cuivre) très utilisée par les viticulteurs traditionnels…

De quoi veux-je parler en ce mois de juillet 2016 sous le titre « Impact d’un évènement médiatique public sur l’utilisation des statines dans la population française » ?

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p align= »justify »>Premier auteur : un nommé Julien Bezin; sénior auteur : Nicholas Moore; le journal : Archives of Cardiovascular disease; que personne ne lit; sauf quelques journalistes alertés par les auteurs pour faire de la promotion (c’est beau la science !); citons un Vincent Richeux [fusion_builder_container hundred_percent= »yes » overflow= »visible »][fusion_builder_row][fusion_builder_column type= »1_1″ background_position= »left top » background_color= » » border_size= » » border_color= » » border_style= »solid » spacing= »yes » background_image= » » background_repeat= »no-repeat » padding= » » margin_top= »0px » margin_bottom= »0px » class= » » id= » » animation_type= » » animation_speed= »0.3″ animation_direction= »left » hide_on_mobile= »no » center_content= »no » min_height= »none »][pour une Agence de Presse Médicale, supposée indépendante de tout industriel et sponsor; et qui donc vit de l’air du temps] et un Damien Mascret pour le Figaro, connus (le journaliste et le journal) pour leurs positions très franches sur la question des statines. Moins on est expert et plus on est franchement abrupt ! On ne rit pas, c’est du sérieux; examinons ces rodomontades ridicules.

Ce titre ne dit pas le vrai message que veulent transmettre les auteurs de cette analyse et que les médias complices vont, eux, diffuser avec force : l’arrêt des statines en France suite au livre de Philippe Even publié en janvier 2013 aurait provoqué une dizaine de milliers de décès.

Ils veulent, c’est très vilain, affoler la population ; et ainsi dissuader tout individu qui s’est vu prescrire une statine de stopper son traitement ; ou même de l’envisager.

S’il ne se passait rien au décours de cet arrêt, cela voudrait dire que leurs discours sur les bienfaits des statines depuis 10 ou 15 ans étaient faux !

Ne pas laisser penser ça ! Agir vite !

En fait, l’analyse des Bordelais montre exactement le contraire de ce qu’ils veulent prétendre.

Je ne vais pas reprendre leur calamiteuse analyse évidemment mais retenir simplement que si leurs chiffres étaient exacts, il y aurait eu environ 10,000 décès supplémentaires (dus à l’arrêt des statines) entre février 2013 et octobre 2013. C’est eux qui le laissent déduire sur la base leurs calculs et observations.

Sachant comment la moindre oscillation de la mortalité mensuelle sur les routes (pour un total annuel d’environ 2500) est rapidement identifiée et commentée par les Autorités sanitaires et autres commentateurs à l’affût de la moindre nouvelle tragique, il est clair qu’une augmentation inattendue de 10,000 décès de cause cardiaque en moins d’une année aurait été assez immédiatement identifiée sinon par les unités de cardiologie (et leurs employés) ou les Autorités sanitaires – surtout avec un délai de 3 ans, nous sommes quand même en juillet 2016 ; ça donne du temps pour s’adapter – au moins par les Pompes Funèbres…

On peut donc suggérer (sans grand risque de se tromper) que ces 10,000 décès supplémentaires n’ont pas été détectés ; et donc ne sont probablement pas survenus… laissant penser que l’ensemble de cette analyse bordelaise est erronée.

D’où donc peut venir l’erreur ?

Nous avons hélas sous les yeux un festival d’idioties (je pèse mes mots) et d’inculture médicale et scientifique, au moins en apparence.

Je vais prendre un ou deux exemples comme illustrations.

Comment nos amis définissent l’arrêt de la prise de statines ? Par un défaut d’exposition à une statine – qu’ils expriment par un manque de possession d’une statine par le patient selon la base de données utilisée – d’au moins deux mois ; mais sans préciser si ce défaut d’exposition observé au cours des 9 mois de suivi est survenu lors du premier mois (en février 2013) ou lors de la dernière période du suivi (entre septembre et octobre 2013); et donc sans préciser si le défaut d’exposition a duré 9 mois ou 2 mois. Cet aspect est important quand on veut corréler ce défaut d’exposition – qui, selon ces brillants auteurs et leurs interprètes médiatiques, serait un défaut de protection – avec un évènement clinique aussi important qu’un décès.

Sans parler de la rémanence (prolongement de l’effet pharmacologique au-delà de la prise régulière) de l’effet protecteur supposé du médicament

Est-il réaliste de penser qu’avec un défaut d’exposition (ou de protection par une statine) de 2 à 9 mois (ils ne donnent même pas une moyenne, peu importe !) on puisse enregistrer un effet sur la mortalité ?

Regardons la courbe des effets d’une statine (c’est l’étude dite LIPID publiée en 1998, et présentée comme référence princeps par les auteurs eux-mêmes) sur la mortalité.

Même si la crédibilité des résultats de l’étude LIPID (testant la pravastatine contre un placebo) est très faible, du fait des problèmes méthodologiques observé dans cet essai commercial, on voit immédiatement qu’il ne se passe presque rien en termes de mortalité pendant au moins deux ans (24 mois) !

Il n’y a donc aucun espoir de voir un quelconque effet sur la mortalité lors d’un arrêt de prise de statine de 2 à 9 mois. Soyez raisonnables, collègues bordelais !

S’il a fallu de longues années à vos collègues sponsorisés de l’essai LIPID pour observer une supposée – je n’en crois pas un mot ! – réduction de 22 % de la mortalité en 1998 grâce à une statine, comment pouvez-vous clamer qu’en quelques mois une augmentation de 17% serait survenue en France en 2013 suite à l’arrêt des statines ?

D’autant plus que si un effet des statines sur la mortalité peut être espérer, ce serait avant tout sur la mortalité cardiovasculaire. Pouvez-vous nous donner une idée de l’augmentation de la mortalité cardiovasculaire entre février 2013 et octobre 2013 dans votre cohorte ? Vous n’avez pas les chiffres ? C’est étrange pour des investigateurs si pertinents…

Un autre point crucial dans cette sorte de bouillie bordelaise : qu’est-ce qui a réellement motivé l’arrêt de la statine prescrite dans cette cohorte ?

Le livre de Philippe Even et sa couverture médiatique ont peut-être joué un rôle.

Mais la vraie cause ne serait-elle pas autre ? Par exemple que les patients se soient vus diagnostiqués une maladie grave (possiblement fatale) et que, l’argumentaire de Philippe Even aidant, le médecin traitant et le patient aient conjointement décidé d’alléger des traitements possiblement (certainement dans certains cas) générateurs d’effets délétères ou toxiques.

Bref, la relation de causalité serait inversée : c’est parce qu’il est très malade que le patient stoppe le traitement et pas l’inverse ! Et c’est parce qu’il est très malade qu’il décède, et pas parce qu’il a stoppé sa statine.

Vu le faible nombre de cas rapportés, nos brillants investigateurs auraient pu [mais ça demande un petit effort…] examiner cette possibilité…

Je conclurai par deux remarques désagréables.

La première concerne les liens d’intérêt des auteurs de cette analyse. Nos amis bordelais ne déclarent aucun conflit d’intérêt à titre individuel. Mais leur laboratoire a bénéficié de multiples cadeaux et contrats de l’Industrie (voir ci-dessous).

C’est un peu comme si les célèbres Pieds Nickelés déclaraient face à leurs juges qu’à titre individuel ils étaient parfaitement innocents et qu’ils n’étaient en rien concernés par les méfaits commis par leur collectif…

Naïfs ou cyniques ?

La deuxième remarque est un constat : le niveau scientifique (et éthique) des chercheurs français semble s’être dégradé de façon cataclysmique au cours des dernières années, quelle que soit leur appartenance institutionnelle.

Il n’y aurait donc personne dans leur environnement bordelais pour les conseiller, ou au moins calmer leurs ardeurs ?

La première conclusion que nous pouvons tirer de cette médiocre analyse est le contraire de ce que disent les auteurs : il ne se passe rien quand on stoppe sa statine !

Au moins en termes de mortalité et à court terme (2 à 7 mois) qui est le critère choisi par les auteurs !

Deuxième conclusion : sur la base de cette analyse, très restrictive certes, il n’y a pas de bénéfice évident à prendre une statine !

Il faudrait avoir été bien illusionnés pour en être étonnés…

On voudrait bien savoir si ceux qui se sont abstenus de leur statine pendant quelques semaines y ont vu quelques bénéfices … Chut ! Ça ne faisait pas partie de l’hypothèse. Soyons sérieux…

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