La désinformation régulière colportant ad nauseam que la variole n’a été éradiquée que par la vaccination, on nous la sert sans discontinuer depuis 1980 afin de minimiser les répercussions catastrophiques de celle-ci sur les sujets contacts. Mais, puisque la « variole du singe » affole nos élites sans une seconde nous expliquer pourquoi ce virus a brusquement contaminé le monde entier, ne serait-il pas temps de comprendre qui, quand et sur quelles bases scientifiques ces vaccins anti-monkeypox devraient être utilisés ? Bernard Guennebaud repart pour nous à l’assaut des archives himalayesques des experts, OMS et consorts. Et, si au final, il existait une petite plante toute simple, non brevetable qui traiterait cette virose généralement bénigne ? Depuis la Covid, vous avez déjà compris que vous n’avez aucune chance pour qu’on vous la propose et l’OMS va jusqu’à… en taire le nom, que l’on vous révèle évidemment en fin d’article. Allons-nous encore tous nous faire prendre ? Bonne lecture.  

Introduction

Savez-vous lire ? La récré, c’est fini, il va falloir apprendre à lire ! A nos âges, direz-vous ! Oui à vos âges, car pas sûr que vous sachiez lire. Vous ne me croyez pas ? Voulez-vous que nous fassions ensemble une petite expérience ? C’est parti !

Je voulais d’abord vous emmener sur le site en français de l’OMS mais le site OMS étant actuellement en transformation, la page d’accueil variole en français n’est provisoirement plus disponible. Alors passons par un rapport du secrétariat de l’OMS (17 mars 2011 [1] ) qui fait état de 3 documents en français datant de fin 2010 (notes de la page 2). Les auteurs ont été constitués en 3 comités dont 2 directement nommés par le directeur général de l’OMS avec pour objectif de faire le point sur les recherches sur la variole afin de préparer l’Assemblée Mondiale de la Santé (AMS) qui se réunira en mai 2011. Le premier [2] s’intitule :

Analyse scientifique de la recherche sur le virus variolique, 1999-2010

Historique page VII :
« Conformément aux résolutions WHA49.10, WHA52.10 et WHA55.15 de l’Assemblée mondiale de la Santé, le Comité consultatif OMS de la Recherche sur le Virus variolique (ACVVR), mis en place en 1999, a pour mandat de surveiller tous les travaux de recherche dans lesquels il est fait usage de virus varioliques vivants. En novembre 2007, l’ACVVR a proposé de préparer des récapitulatifs écrits des travaux de recherche en vue de leur discussion par l’Assemblée mondiale de la Santé en 2011. Sous l’autorité de l’ACVVR, ce groupe de scientifiques possédant des compétences particulières dans la recherche sur le virus variolique et les autres orthopoxvirus s’est lancé dans la rédaction du présent document intitulé Analyse scientifique de la recherche sur le virus variolique, 1999-2010. Ce document comporte six chapitres respectivement consacrés aux vaccins antivarioliques, aux tests de diagnostic en laboratoire, à la génomique de la variole, à la situation des conservatoires du virus autorisés par l’OMS, aux modèles animaux et aux antiviraux.»

Pas de doute, c’est du très sérieux. Il est important de savoir que les différents chapitres consultables dans le sommaire n’ont pas été rédigés par les mêmes auteurs. Il pourrait donc y avoir, a priori, des différences notables entre eux comme nous allons pouvoir l’observer.

Le programme mondial d’éradication de la variole

  • Chapitre I Résumé d’orientation par Antonio Alcami et Bernard Moss (p. 2): « Importance pour la santé publique: La variole est la seule maladie humaine qui ait été éradiquée à la suite d’une campagne mondiale de vaccination et cette réussite reste l’un des plus grands triomphes de la science médicale moderne. »
  • Puis, page suivante : « L’éradication de la variole a été déclarée en 1980, grâce au succès du Programme mondial d’éradication de la variole mis en œuvre par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). »

Nous observons déjà une variation de vocabulaire : campagne de vaccination puis Programme mondial d’éradication. Puis plus loin sur la même page :

  • « Histoire de la vaccination antivariolique: La variole est la seule maladie humaine qui ait été éradiquée à la suite d’une campagne mondiale de vaccination et cette réalisation reste l’un des plus grands triomphes de la science médicale moderne (Fenner et al., 1988 ; Smith & McFadden, 2002 ; Henderson, 2009). »

Une question se pose déjà : est-ce la campagne de vaccination ou le Programme mondial d’éradication qui aurait vaincu la variole ?

Mais d’abord c’est quoi ce Programme mondial d’éradication ?

  • La page 4 nous renseigne aussitôt : « Le Programme mondial d’éradication de la variole lancé par l’OMS: En 1959, la Douzième Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution proposée par l’Union soviétique, qui appelait à l’éradication de la variole dans le monde (Fenner et al., 1988). Entre 1959 et 1966, les progrès ont été plus lents que prévu mais, en 1967, a été lancé le programme intensifié d’éradication de la variole. La politique de vaccination mise en œuvre à l’échelon mondial dans le cadre de ce programme mettait l’accent sur la surveillance de la maladie et a consisté notamment à adopter la méthode de vaccination en anneaux pour éviter la transmission interhumaine et endiguer les épidémies de variole. On pouvait ainsi identifier les nouveaux cas de variole, les mettre en quarantaine, puis vacciner les personnes en contact étroit avec les sujets infectés et les mettre également en quarantaine. Cette politique a permis d’éradiquer la variole ».

On constate que le fait de rechercher activement les malades pour les placer en quarantaine ainsi que leurs contacts est décrit comme faisant partie de la politique de vaccination !

Ils auraient pu tout aussi bien dire que ces mises en quarantaine étaient le programme d’isolement qui contenait une part de vaccinations et que ce fut cette politique d’isolement qui avait vaincu la variole, ce qui serait plus proche de la vérité.

Mais ici, ce n’est pas la vérité que nous cherchons. L’exercice que je vous propose est seulement d’observer les variations du discours et c’est très instructif car nous constatons que, dès le début, il est truffé de phrases pour le moins alambiquées. Une lecture attentive où l’on évite de projeter nos propres convictions peut nous apprendre beaucoup. On peut passer des heures et des heures sur tous ces documents qu’ignorent les commentateurs pressés formulant des avis définitifs sur l’éradication de la variole. Non seulement, ils ne les ont pas lus mais ils ne savent même pas qu’ils existent. Ils SAVENT ! Alors ils expédient en une ligne l’affaire de l’éradication de la variole. Cette affaire avec ces multiples composantes est d’abord- pourrait être – une formidable école. Alors retournons en classe !

Une leçon élémentaire, savoir rattraper ses bévues

Oui retournons y vite car, juste en dessous de ce paragraphe et toujours à la même page 4, on peut lire :

  • « L’éradication de la variole constitue à ce jour le succès le plus important remporté par l’OMS et ce résultat montre qu’une prophylaxie fondée sur la vaccination de masse peut permettre d’éradiquer des maladies infectieuses. »

Après avoir dit que c’était l’utilisation conjointe de la mise en quarantaine des malades et de leurs contacts ainsi que la vaccination de ces derniers qui avait vaincu la variole, les auteurs, réalisant qu‘ils n’avaient pas mentionné la vaccination de masse dans ce succès, se rattrapent aussitôt pour affirmer que non seulement elle y aurait participé mais qu’elle en aurait été le fondement …Vigilance, vigilance, c’est le secret de l’art de la lecture.
Notons quand même que ces premières pages ont été écrites par deux experts qui exposent des généralités qui seront ensuite étudiés par d’autres experts. Pour les textes techniques sur le génome du virus ou sur les propriétés des antiviraux, place aux chercheurs qui ne s’occuperont pas de l’éradication de la variole.

Après avoir lu ces 4 premières pages, on reste dans l’expectative pour juger, selon ces 2 experts, du rôle joué par chacune des 3 principales actions mises en œuvre au cours de la campagne d’éradication, à savoir : la vaccination de masse ; la vaccination des contacts ; l’isolement des malades et de leurs contacts.

Ces mêmes experts résument ainsi les études réalisées sur la vaccination des contacts d’un cas de variole (page 9) :

  • 1.9 Vaccination après exposition
    La vaccination après exposition à une infection par le virus variolique pourrait réduire efficacement le nombre de victimes de la variole (Mortimer, 2003). Plusieurs études ont été consacrées à l’évaluation de cette possibilité en utilisant des modèles animaux. La plupart de ces études sont arrivées à la conclusion que le vaccin devrait être administré au plus tard un à deux jours après exposition à un poxvirus virulent pour protéger le sujet contre une issue fatale (Staib et al., 2006 ; Samuelsson et al., 2008 ; Paran et al., 2009). Fait intéressant, le vaccin MVA a suscité une réponse protectrice plus rapide que la souche NYCBH chez un modèle soumis à une infection d’épreuve par un orthopoxvirus simien, probablement en raison de la dose plus élevée utilisée dans cet essai (Earl et al., 2008). »

Paran a publié en 2009 des résultats expérimentaux obtenus sur des souris en utilisant le virus de la variole de la souris nommé l’ectromelie (ECTV). Elle obtient de très bons résultats en post-exposition en vaccinant avec MVA non répliquant ou la souche Lister classique (répliquant) : à +1 jour, 5 souris sur 5 survivent ; 4 sur 5 à +2 jours, voire 5 sur 5 avec une dose vaccinale plus forte. Plus de détails sur les résultats dans l’étude [3]. Pour Paran et al. ces résultats prouveraient l’efficacité de la vaccination en post-exposition chez les humains avec les vaccins classiques, le vaccin MVA devant faire aussi bien… C’est ce qu’exprime, sans ambiguïté ni complexes, la conclusion du résumé :

  • « Conclusions.
    ECTV infection in mice models the course of human smallpox. Our data provide evidence to substantiate historical data on the usefulness of postexposure vaccination with conventional VACV and the new candidate MVA to protect against fatal orthopoxvirus infections. »

Qu’on peut traduire par : « L’infection par ECTV sur la souris modélise l’évolution de la variole humaine. Nos données fournissent la preuve pour justifier les données historiques sur l’utilité de la vaccination post-exposition avec le vaccin conventionnel VACV et le nouveau candidat MVA pour protéger contre une infection fatale par un orthopoxvirus. »

La publication date de 2009, donc après celles de Staib, Stittelaar, Earl , Samuelsson… qui étaient très défavorables à une telle conclusion. Nous allons constater que ce même document OMS ne reprendra pas à son compte les conclusions pour le moins précipitées de Paran et de ses collaborateurs, bien au contraire.

Bataille d’expert, une de plus

Dans l’annexe d’un précédent article AIMSIB [4], j’avais rapporté des extraits des publications de Staib, Stittelaar, Samuelsson. Ce dernier écrit [5] :

  • « Les recommandations de l’OMS en cas de contamination par la variole incluent la vaccination aussi prompte que possible après l’exposition. Cependant, il existe des données anecdotiques sur la réussite de la vaccination antivariolique en post-exposition, et dans la plupart des cas, le statut des individus avant vaccination n’était pas clair (Fenner-Henderson 1988) ; Mortimer-Henderson 2003 ). En outre, dans les modèles animaux, aucun bénéfice significatif avec des survivants n’a été observé en utilisant des modèles infectants, soit chez des singes avec le monkeypox ou chez la souris (Stittelaar ; Staib).

Pour ce qui est des données qualifiées d’anecdotiques qui montreraient l’efficacité de la vaccination en post-exposition, il s’agit de l’étude de Rao (1966). Cette étude compare les cas de variole apparus chez des contacts vaccinés (primo vaccination) avec les contacts non vaccinés. Non seulement les données sont maigres mais la comparaison est dénuée de toute signification par le seul fait qu’on ne sait pas si les contacts qui n’avaient pas fait la variole avaient été contaminés. Il n’existait aucun test permettant de le savoir sauf s’ils faisaient la variole.

De plus, sur le terrain, les équipes de vaccination avaient une très forte tendance à élargir généreusement la définition des contacts et donc à vacciner de très nombreux faux contacts. C’est cette publication qui est utilisée dans les documents mentionnés Fenner-Henderson afin d’affirmer l’efficacité de cette vaccination et d’en justifier l’utilisation qui sera très systématique et contraignante dans les dernières années de la campagne d’éradication.

Quant à l’étude Mortimer-Henderson (2003), elle s’appuie sur 101 cas de variole observés en 1905 en Ecosse [6]. Je l’ai étudiée en détails [7]. On y lit :
– « Si la vaccination « post-exposition » a échoué pour prévenir la maladie, et parait moins efficace pour atténuer la maladie que cela n’était probable, c’est parce que la date présumée de l’exposition était postérieure à la date réelle de l’exposition. »

Peut-être, mais les auteurs ne peuvent en apporter aucune preuve. Leur “raisonnement“ est le suivant : « la vaccination pratiquée dans les 4 jours qui suivent le contage est efficace, c’est certain. Nous constatons un échec, c’est que la date réelle du contage était plus ancienne » CQFD.
– « L’efficacité de cette vaccination en post-exposition reste insuffisamment documentée, même si elle a été pratiquée pendant au moins 150 ans, depuis l’époque de Jenner jusqu’aux années 70 ».

Rappelons qu’Henderson, en tant que directeur du programme d’éradication à l’OMS, fera imposer cette vaccination des contacts de façon très contraignante à partir de janvier 1973, tous les contacts devant être obligatoirement vaccinés quels que soient leurs statuts antérieurs (ancienne variole ou anciennes vaccinations).

Rappelons aussi que notre plan variole rendra obligatoire cette vaccination des contacts sans avoir à tenir compte des contre-indications pour les contacts de haut niveau (décret de février 2003). Henderson reconnaît que cette pratique « reste (en 2003) insuffisamment documentée » !!! D’autant plus que la lecture de ces documents est plus qu’instructive. Il faut aussi être conscient du fait qu’ils cherchent à protéger le mythe vaccinal par des phrases plus ou moins alambiquées, cela arrive aussi dans ces documents !

A la fin de l’audition publique sur l’obligation du BCG pour les enfants (13-14 Nov 2006), Jean-Louis San Marco, président de la commission d’audition qui allait se réunir à huis clos quelques semaines plus tard, conclura en disant qu’il fallait abandonner l’obligation mais qu’il fallait aussi protéger le prestige de la vaccination et qu’il faudra trouver une phrase pour cela …

Les modèles animaux

Je saute les chapitres relatifs aux tests diagnostics, à la génomique et à la conservation du virus variolique pour arriver au Chapitre 5 : Modèles animaux et pathogenèse. La rédaction de ce chapitre a été confiée à un seul auteur, Peter B. Jahrling qui est une grosse pointure dans ce domaine. Il donne, pages 89-90, une réponse aux affirmations précédentes de Paran sur l’efficacité de la vaccination en post exposition chez les humains déduite d’observations chez la souris :

  • « La vaccination des souris par scarification caudale protégeait les souris lorsqu’elle était pratiquée 8 jours avant l’épreuve virulente ; elle était moins efficace si l’on réduisait cet intervalle et sans effet lorsqu’on vaccinait 2 jours après l’épreuve virulente. Cette observation ne cadre pas avec les données épidémiologiques selon lesquelles le vaccin serait efficace chez les sujets humains jusqu’à 4 jours après l’exposition. Cette différence s’explique peut-être par la dose plus élevée utilisée pour l’épreuve virulente et montre combien il est risqué d’extrapoler à l’homme les résultats obtenus sur des modèles de rongeurs. »
  • « Bien que les modèles murins soient capables d’ouvrir des pistes importantes concernant la virulence et les réponses immunitaires protectrices, les interactions virus-hôte doivent être évaluées individuellement et ne sauraient être généralisées (Müllbacher et al., 2004). C’est ainsi par exemple que le besoin en interféron γ après infection n’est pas le même pour le virus de l’ectromélie que pour celui de la vaccine. »

«… on constate que la résolution de l’infection met en jeu chez l’hôte des réponses immunitaires diverses et à peu près imprévisibles.

  • Les lymphocytes T cytolytiques peuvent avoir des fonctions bénéfiques, nocives ou neutres (Müllbacher et al., 2004), et le poids respectif des unes et des autres est propre à chaque système virus-hôte. Ce genre de difficulté est à prendre au sérieux lorsqu’on étudie hors de leurs hôtes naturels des agents pathogènes spécialisés comme les orthopoxvirus. »

Quand Peter Jahrling dresse le bilan des progrès réalisés et des enjeux actuels (page 86), il pulvérise littéralement les affirmations de Paran :

  • « Bilan des progrès réalisés: L’utilisation de modèles constitués de petits animaux pour étudier les virus de l’ectromélie (variole de la souris), de la variole bovine, de la variole du lapin et de la vaccine a permis d’éclairer la pathogenèse et l’immunologie des poxviroses. Les connaissances ainsi acquises ont servi de base à la conception d’études décisives portant sur des primates.
  • Les enjeux actuels: C’est l’expérimentation sur des primates à l’aide de virus varioliques ou de virus de l’orthopoxvirose simienne qui est la plus utile pour la mise au point de moyens sûrs et efficaces pour contrer la variole humaine.
    Si une grande partie de ce travail de mise au point peut être effectuée en substituant d’autres orthopoxvirus au virus variolique pour les études sur rongeurs ou primates, ce n’est qu’en effectuant des tests d’efficacité sur des primates avec le virus variolique lui-même que l’on pourra renforcer la confiance dans la validité de ces contre-mesures. »
Ce n’est qu’en effectuant des tests d’efficacité sur des primates avec le virus variolique lui-même que l’on pourra renforcer la confiance dans la validité de ces contre-mesures.

Groupe consultatif d’experts indépendants chargé d’examiner le programme de recherche sur la variole (AGIES)

Voici maintenant un second document rédigé par un comité dont les membres avaient été choisis par le Directeur général de l’OMS pour étudier le premier document « Analyse scientifique … » afin de formuler des avis sur ses limites, sur les pistes à approfondir ou à ouvrir [8]. Ce comité, l’AGIES, avait donc pris connaissance du document précédent, une de ses missions étant de l’évaluer pour communiquer ses observations aux auteurs du premier document « Analyse scientifique … » pour modifications éventuelles puis, au final, au Conseil exécutif de l’OMS.

L’AGIES ne va pas hésiter à mettre sur la table l’efficacité de la stratégie de vaccination des contacts (vaccination en post exposition, page 6).

  • « Afin de se préparer à l’éventualité d’une flambée de variole, il convient de mettre au point des stratégies permettant des immunisations à visée thérapeutique qui soient efficaces, comme la vaccination après exposition »
  • « Ni les modèles animaux de variole ni les infections orthopoxvirales chez l’animal ne permettent une modélisation fidèle de la variole humaine. Les modèles primates actuels utilisant le virus variolique laissent à désirer, et les succès des recherches menées au cours de la dernière décennie pour les améliorer restent limités.»

Les affirmations de Paran et collaborateurs sur les mérites de leurs modèles de souris qui modéliseraient parfaitement la variole humaine, autorisant ainsi d’appliquer leurs résultats aux humains est pour le moins battu en brèche par l’AGIES !
Cette vaccination des contacts (vaccination en post ou pré exposition) avait été affirmée comme ayant été la clé du succès de l’éradication. Son efficacité aurait donc été établie dès 1978. Mais en 2010, ils cherchent encore comment mettre au point une telle stratégie. Il est vrai qu’ils doivent le faire avec de nouveaux vaccins qui n’ont pu être éprouvés face à la maladie qui a disparu. De plus, l’AGIES reconnaît qu’il sera indispensable de trouver des vaccins produisant beaucoup moins d’effets indésirables que les vaccins utilisés au cours de la campagne d’éradication alors que les modèles animaux ne pourront donner de certitudes à propos de l’efficacité d’une telle stratégie.

Page 10, l’AGIES fait des rappels sur le premier chapitre de « L’analyse scientifique … » :

  • « Chapitre 1. Les vaccins antivarioliques, Résumé: Les auteurs de ce chapitre voient dans l’éradication de la variole, obtenue en 1980 grâce à une campagne mondiale de vaccination à l’aide de vaccins utilisant des virus de la vaccine vivants, l’un des plus grands succès de l’histoire en matière de santé publique. »

Notons que l’AGIES ne dit pas reprendre cette affirmation pour son propre compte. Elle se contente de noter ce que les auteurs du chapitre commenté ont affirmé.

  • « Toutefois, depuis que la variole a été éradiquée, la stabilité du monde est remise en cause par le terrorisme et la menace d’utiliser la variole comme arme biologique fait désormais partie des possibles. Cette menace s’est aggravée depuis que l’on ne vaccine plus contre la variole et du fait que la vaccination au moyen d’un vaccin vivant est contre-indiquée chez une partie non négligeable de la population sensible. »

L’AGIES commente alors ainsi, page 11 :

  • « L’analyse scientifique évoque la possibilité d’utiliser la vaccination après exposition pour des interventions à visée thérapeutique, mais les données relatives à cette méthode prometteuse restent limitées. Si une flambée de variole éclate, il faudra procéder à des vaccinations après exposition, mais des travaux sont encore nécessaires pour valider cette stratégie. Ce point n’est que brièvement évoqué dans ce chapitre, peut-être en raison de la rareté des données. »

Cette vaccination des contacts ou futurs contacts proches (en raison de la quarantaine) fut systématiquement pratiquée à partir de 1973 sur tous les contacts y compris les anciens varioleux et ceux qui avaient été vaccinés auparavant quelle que soit la date de ces vaccinations. Les archives de terrain regroupant les rapports des équipes d’intervention au cours de la campagne d’éradication représentent 700 000 pages conservées et aujourd’hui numérisées. Mais on aurait peu de données ?!

-« Grâce aux vaccins fortement atténués, aux vaccins génétiquement modifiés ou encore aux vaccins sous-unités, on devrait pouvoir réduire les effets indésirables, mais l’efficacité de ces produits doit être améliorée. »
– « Les données tirées de modèles animaux et d’études limitées sur des sujets humains laissent penser que ces vaccins sont moins immunogènes et moins protecteurs que les vaccins classiques de première génération à base de virus vivants, les vaccins produits en culture cellulaire ou les vaccins à base de virus de la vaccine atténués par passage en culture tissulaire. »
– « Les vaccins préparés en culture cellulaire ont un meilleur profil d’innocuité que les vaccins de première génération mais les virus dont ils sont constitués conservent toute leur capacité de réplication et posent donc un problème de sécurité vaccinale. L’utilisation de vaccins constitués de virus capables de se répliquer est particulièrement préoccupante en raison de l’existence d’importants groupes de population porteurs de pathologies (comme l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine ou VIH) qui contre-indiquent l’usage de tels vaccins. »
– « Dans le chapitre intitulé Génomique de la variole, à la section qui porte le titre « L’évolution de la variole », dans la dernière phrase du troisième paragraphe, il faudrait mentionner clairement à quelle référence il est fait allusion lorsqu’on dit qu’il est clair que les souches de virus variolique connaissaient un processus d’évolution divergente au moment où la variole a été éradiquée. »

Cette divergence pourrait-elle s’expliquer par la pression vaccinale exercée tout particulièrement sur les vrais contacts vaccinés, permettant ainsi la rencontre du virus vaccin et du virus variolique ? Le virus variolique avait été considéré comme étant d’une grande stabilité. Qu’il se soit mis à commencer à diverger à la fin de la campagne d’éradication marquée par la très grande systématisation de la vaccination des contacts pourrait interpeler sérieusement. Fort heureusement, les virus de la variole ne circulent plus.

C’est aussi une question d’actualité car il n’en va pas de même avec les virus covid dont les variants multiples poussent comme des champignons sous une pression vaccinale très intense.

Force est de constater que la réponse est toujours la même : « y’a des variants qui apparaissent, faut re-re….revacciner ! » alors que ce sont ces vaccinations qui font apparaître ces variants … Les Shadocks ne sont pas morts !

  • « les vaccins antivarioliques existants peuvent avoir de graves effets indésirables. La mise au point et l’homologation de contre-mesures, comme un traitement médicamenteux ou l’administration de vaccins, seront conditionnées par l’existence de modèles animaux permettant de mettre en évidence l’efficacité protectrice de ces agents thérapeutiques. » (p.22)

L’auteur fait observer qu’il est important de mettre au point un modèle animal dans lequel le virus variolique puisse provoquer une maladie similaire à la variole humaine et qui permette ainsi de faire la démonstration la plus convaincante possible de l’efficacité protectrice des vaccins et des antiviraux. Pourtant, Paran avait affirmé disposer de ce modèle. Apparemment, elle n’a pas convaincu ?

Comité consultatif OMS de la Recherche sur le Virus variolique

Indépendamment de l’AGIES, un second comité OMS avait aussi été formé pour étudier « l’analyse scientifique … » [9]. La réunion de travail de ce comité consultatif sera inaugurée par K.Fukuda qui était le second de l’OMS, ce qui montre l’importance du travail confié à ce comité (page 3) :

  • «Le Comité consultatif OMS de la Recherche sur le Virus variolique s’est réuni les 17 et 18 novembre 2010, avec le Professeur G. L. Smith pour Président et les Drs R. Drillien et F. McLellan comme Rapporteurs.
    1. 1.2 Le Dr K. Fukuda a ouvert la réunion, notant que les discussions relative à ces questions sont en cours depuis 1986 et présentent toujours un grand intérêt pour les pays. Entre autres thèmes abordés, ce groupe a été réuni pour évaluer un vaste examen de la recherche liée au virus variolique, … L’évaluation s’intéressera à deux points principaux : tout d’abord à un examen de la littérature et des données non publiées mené par un groupe de scientifiques approuvé par le présent Comité ; et deuxièmement à un examen externe de cet examen lui-même, qui a été effectué par des experts n’appartenant pas au champ d’étude du virus variolique. Cette réunion débouchera sur un rapport qui viendra s’ajouter aux deux autres documents, le tout devant être disponible le plus tôt possible, préalablement à leur soumission au Conseil exécutif en janvier 2011. »

Il est aussi mentionné « Le projet Archives, qui consiste pour partie à scanner toute la documentation liée à la variole, soit près de 700 000 pages de documents consultables, a été présenté ultérieurement au cours de la réunion. »

Notons que ce comité a étudié la littérature non publiée. S’il ne fait pas état de son contenu, ce comité va évidemment s’appuyer sur les données non publiées pour formuler des commentaires. Notons aussi que l’un des deux rapporteurs R. Drillien est Français et que le projet d’archives a été réalisé.

  • « Le Comité a rappelé que le vaccin antivariolique était indispensable à l’éradication de la variole. Néanmoins, on a impérieusement besoin de vaccins ayant un meilleur profil d’innocuité. Certains progrès ont été réalisés en ce sens » (p.5)

Ce comité reprend les propos de P. Jahrling page 8 :

  • « Le Dr P. Jahrling a présenté le chapitre 5 sur les modèles animaux et la pathogenèse de la maladie, résumé à l’annexe 1. .. Si une partie importante de ce travail de mise au point peut être accomplie en utilisant des orthopoxvirus de remplacement chez les rongeurs et les primates, on ne pourra obtenir une confiance accrue dans les contre-mesures appliquées contre le virus variolique que par des tests d’efficacité chez des modèles de primates réalisés avec du virus variolique. »

Pour en confirmer tout aussitôt la pertinence tout en enfonçant un peu plus les affirmations gratuites de Paran :

  • « le Comité pense que les travaux effectués chez l’animal avec du virus variolique vivant ont renforcé la justification scientifique de l’homologation des antiviraux, et certains membres du Comité estiment ainsi que des études supplémentaires au moyen du virus variolique vivant sont nécessaires. »

Page 12, on apprend que la Russie conservait de redoutables virus varioliques dans des flacons en verre !

  • « Le Dr S. Shchelkunov a fait rapport sur la collection de virus variolique du conservatoire du centre collaborateur OMS de VECTOR (Fédération de Russie) (voir résumé à l’annexe 1). En 2010, les flacons de verre dans lesquels les virus varioliques étaient stockés congelés ont été remplacés pour des raisons de sécurité par des cryoflacons de polypropylène portant des étiquettes imprimées résistantes aux solutions désinfectantes. »
    Nous voilà rassurés !

Page 9, « Il apparaît donc, à la lumière des archives, qu’aucun modèle animal n’a encore donné satisfaction pour l’étude de la pathogenèse de la variole humaine (US Institute of Medicine, 1999). »

  • Page 27 : « Parce que la variole, maladie due au virus variolique, a été éradiquée par la vaccination de masse, l’efficacité de ces médicaments ne peut être démontrée qu’à l’aide de modèles animaux de primates non humains infectés expérimentalement par le virus variolique. ».
  • « Importance pour la santé publique (p.38) Le premier objectif de la préparation au risque de bioterrorisme lié à la variole est de sauver des vies si d’une façon ou d’une autre la variole réémergeait. Le fait de disposer de médicaments contre la variole présenterait des avantages importants au cours d’une flambée, en permettant d’administrer un traitement après exposition. Une étude effectuée par Stittelaar et al., publiée dans Nature le 11 décembre 2005, décrivait une infection intratrachéale létale par l’orthopoxvirus simien et démontrait que le traitement par un antiviral au moment de l’infection était protecteur, tandis que la vaccination ne l’était pas.
    Ces résultats semblent remettre en question les données limitées, rassemblées pendant la phase d’éradication de la variole, relatives à l’efficacité de la vaccination administrée jusqu’à 4 jours après l’exposition pour prévenir la maladie.
    Le point de vue actuel est de mettre l’accent sur la nécessité de disposer de deux antiviraux ayant des mécanismes d’action distincts, qui soient homologués et prêts à l’emploi. »

C’est exactement ce qu’il me fut dit par un expert doté d’importantes responsabilités, dans les couloirs du congrès Adelf-Sfsp de Bordeaux en 2013 : d’abord les antiviraux ! Après m’avoir dit que la vaccination antivariolique n’était pas efficace sur les contacts …

Il ne serait pas déraisonnable de penser que l’affirmation de P. Jahrling formulant des doutes sur l’efficacité de la vaccination des contacts ait pu être inspirée par des données non publiées. Il est en effet étonnant que Earl n’ait publié des résultats que pour des singes vaccinés au moins 4 jours avant la dose épreuve alors que les spécialistes de ces questions attendaient des données en vaccinant le jour de la dose épreuve et même 2 jours après car c’est le minimum pour rendre utilisable la vaccination des contacts.

L’encéphalite post-vaccinale (EPV)

Une thèse très intéressante ( 2007 à Grenoble [10]) avec R.Drillien dans le jury fait état (p.145) des encéphalites consécutives à la vaccination antivariolique :

  • « L’usage du vaccin antivariolique historique constitué de VACV “vivant” a été à l‘origine d’une complication post-vaccinale rare mais sérieuse, atteignant le SNC : l’EPV (Rockoff et al., 1979). Cette complication a été reconnue comme « la plus sérieuse complication [résultant de la vaccination antivariolique] lorsqu’il n’y a pas de contre-indication à cette pratique » (Fenner et al., 1988). Cette complication touche environ 12,5 personnes sur 1 000 000 primo-vaccinés (Bricaire et Bossi, 2003) mais est la plus grave avec un taux de mortalité pouvant aller de 25 à 50 % (Greenberg et Appelbaum, 1948 ; Lane et al., 1970). »

L’auteur poursuit en décrivant des études sur les conditions de réalisation d’une complication vaccinale aussi grave que l’EPV.

Une plante pour soigner la variole ?

J’ai gardé le meilleur pour la fin ([9] p. 39) :

« Aux doses auxquelles la réplication a été inhibée, la toxicité cellulaire observée a été faible ou inexistante ».

Au début, la réplication virale a été bloquée mais, peu après, une réplication partielle a été observée, probablement en raison de la dégradation ou de l’utilisation des composants actifs présents dans l’extrait. Cependant, le traitement des cellules à l’aide d’extrait frais toutes les six heures a complètement aboli la réplication virale.

« L’extrait inhibe efficacement la réplication des orthopoxvirus simien, de la vaccine et de la variole en agissant au stade de la transcription précoce. L’effet inhibiteur est spécifique aux orthopoxvirus et n’a pas eu beaucoup d’effet sur la réplication des autres virus testés. »

  • « Enfin, les autres remèdes à base de plantes testés n’ont eu aucun effet sur la réplication du virus de la vaccine. Cette activité contre les orthopoxvirus indique le potentiel de ce remède comme agent thérapeutique. »

Les propriétés antivarioliques de cette plante carnivore avaient été rappelées dans des commentaires sur le blog Aimsib, c’est Sarracenia purpurea. Puisque cette plante a une action sur les poxvirus, elle pourrait peut-être contribuer à éviter des complications de la vaccination antivariolique ?

Bernard Guennebaud
Août 2022

Crédit photo: https://www.etsy.com/fr/listing/1098559415/plante-de-pichet-sarracenia-purpurea

 

Notes et sources
Je ne donne pas toujours les liens, parfois très longs. Les titres permettent de retrouver les publications, voire avec une traduction proposée, et ce même si les liens initiaux ont été cassés. C’est d’ailleurs ainsi qu’il est fait dans les publications scientifiques.
[1] https://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA64/A64_17-fr.pdf
[2] http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/70609/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.3_fre.pdf?sequence=1
[3] Postexposure Immunization with Modified Vaccinia Virus Ankara or Conventional Lister Vaccine Provides Solid Protection in a Murine Model of Human Smallpox
[4] https://www.aimsib.org/2022/06/05/houleux-mariage-a-trois-autour-de-monkeypox/
[5] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2289795/
Survival of lethal poxvirus infection in mice depends on TLR9, and therapeutic vaccination provides protection
[6] http://cid.oxfordjournals.org/content/36/5/622.full.pdf
[7] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2012/01/03/23148650.html
[8] http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/70607/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.4_fre.pdf?sequence=1
[9] http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/70606/WHO_HSE_GAR_BDP_2010.5_fre.pdf;jsessionid=968ADB591A8921735BC8BE09D151ED74?sequence=1
[10] https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00198642/document

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