La catastrophique épidémie de poliomyélite qui vient de frapper Londres et New York (on compterait déjà au moins un malade pour les deux villes) nous oblige à revenir sur le raté consommé de l’OMS à venir à bout de cette maladie. Pourquoi un tel échec ? Bernard Guennebaud, notre mathématicien absolument incollable en archives poussiéreuses, est reparti pour nous à l’assaut de son grenier aux merveilles et nous rapporte ici quelques grands moments ratés de l’épidémiologie mondiale. Et si le meilleur vaccinateur pour la polio, c’était juste … le plombier ? Ne vexez pas nos élites, ne le pensez même pas … Bonne lecture !     

Introduction

Forte du prestige qui lui conférait l’éradication de la variole officiellement reconnue le 8 mai 1980,  l’OMS ne voulut pas en rester là. En 1988, elle va faire accepter à l’Assemblée mondiale de la santé (AMS) son programme visant à l’éradication de la poliomyélite. Pour l’OMS, la victoire sur la variole était due à 2 facteurs principaux :

  • Le virus de la variole humaine n’a pas de réservoir animal. Rappelons qu’il y a 2 virus de la variole humaine, celui de la variole majeure et celui de la variole mineure encore appelée du nom portugais alastrim et que leur éradication signifie qu’ils ne circulent plus dans les populations humaines.
  • On disposait d’un vaccin très efficace contre ces 2 virus.

 L’OMS s’est appuyée sur le fait que ces deux critères étaient aussi satisfaits pour la polio. Sans discuter cela, le point faible de l’argumentation de l’OMS était que la variole n’avait pu être vaincue par la vaccination et que ce ne fut pas faute d’avoir essayé.

Les fondements de la réussite de l’éradication des deux virus de la variole humaine furent :

  • La transmission du virus se faisait au cours de la phase éruptive qui débutait environ 2 jours après le début de la maladie pour durer 4 semaines. Pour la variole majeure, le malade était prostré avec une fièvre très élevée qui le contraignait à s’aliter. La transmission se faisait alors à faible distance, moins de deux mètres. De plus le malade était repoussant, ce qui limitait le nombre de personnes qui s’approchaient de lui.
  • Le virus pouvait aussi se maintenir dans les croûtes des pustules d’un malade ce qui permettait une transmission par l’intermédiaire de vêtements, de couvertures abritant des pustules d’anciens malades. Il est reconnu que si cela a pu se produire au cours de la campagne d’éradication, ce fut rare, l’essentiel des transmissions l’ayant été par contact proche.
  • Les virus de la variole étaient très stables.

 Le cycle des virus de la poliomyélite

Or, aucune de ces deux conditions ne sont satisfaites par la polio et ses 3 virus de types 1, 2 et 3 bien au contraire. Disons, pour faire simple et clair, que pour être contaminé par un virus polio, il faut le boire ou le manger. Il se retrouve alors, en nombre, dans les intestins d’où certains pourront franchir la barrière intestinale pour circuler dans le sang et, le cas échéant, déclencher une maladie quand d’autres virus seront excrétés avec les selles. Ces virus iront là où iront ces excréments humains.

Si la récupération de ces excréments n’est pas contrôlée et s’ils ne sont pas traités correctement, les virus pourront circuler dans les fleuves et les rivières, se retrouver dans des flaques d’eau, contaminer des aliments ou des eaux qui pourront être consommés par les populations.

Ces virus débuteront alors un nouveau cycle en passant de nouveau dans un intestin humain où ils pourront y rencontrer d’autres entérovirus qui pourront générer des variants. D’où une grande instabilité des virus polio, y compris des virus polio vaccinaux.

 Quand on a compris cela, il devient facile de réaliser que l’éradication des virus polio ne pourra se faire de la même façon que celle de la variole.

Eradiquer la polio, c’est simple comme…

Le plan d’éradication de la poliomyélite présenté en 1988 par l’OMS se déclinait ainsi :

1- Vaccination systématique de tous les enfants en zone endémique par le vaccin polio oral à virus vivant (VPO).

2- Arrêt de la circulation des virus polio sauvages en l’an 2000.

3- Arrêt de la vaccination par le VPO sans lui substituer le VPI (vaccin polio inactivé injectable).

4- Dans les 3 à 6 mois qui suivront l’arrêt du VPO, les virus dérivés de souches vaccinales cesseront de circuler.

Les experts de l’OMS ont donc accepté comme allant de soi et fait accepter aux experts et aux dirigeants des pays membres de l’OMS qu’il suffirait de cesser de mettre des virus polio vaccinaux dans la bouche des enfants pour que ceux qui étaient en circulation depuis des années cessent soudain de circuler ! On s’interroge : comment des experts à très haut niveau de responsabilité ont-ils pu se gargariser avec de telles croyances puis les faire accepter au monde entier ? Comment cela fut-il possible ?

5-  Trois ans plus tard, en 2003, proclamation officielle de l’éradication de la polio, c’est-à-dire que plus aucun virus polio, qu’il soit sauvage ou d’origine vaccinale, ne circulera plus dans le monde.

6- Arrêt de la vaccination contre la poliomyélite, y compris par le VPI à l’exception des pays où des laboratoires travaillent sur des virus de la poliomyélite.

L’OMS vantera alors, auprès des Etats membres, les économies considérables qu’ils pourront ainsi réaliser. Les moyens ainsi libérés pourront alors être investis dans d’autres programmes de santé…Formidable !!! Tous les pays adhèrent aussitôt mais c’était Perrette et le pot à lait …

 Adieu veaux, vaches, cochons, couvées …!!!

L’éradication de la polio dans la vraie vie

Voici comment l’OMS présente, dans son bulletin du 7 juillet 2012, ce qui fut pour elle une surprise (ce serait plutôt cela la surprise car c’était prévisible …) [1].

« En 2000, la campagne d’éradication de la poliomyélite semblait approcher de sa fin. L’année précédente, le monde avait réussi à se débarrasser du poliovirus sauvage de type 2, tandis que les poliovirus de type 1 et 3 étaient limités à quelques centaines de cas. Mais, à la surprise des experts, le virus s’est alors comporté d’une manière inattendue.

Quelque part sur l’île d’Hispaniola dans les Caraïbes, un enfant a été frappé de paralysie, celle-ci étant causée par le poliovirus vivant qui est utilisé pour fabriquer le vaccin. Ces cas de paralysie poliomyélitique associée au vaccin étaient connus depuis des années, mais étaient – et restent encore – extrêmement rares. Le plus inquiétant dans ce cas tenait au fait que le virus dérivé du vaccin s’était propagé de la même façon qu’un virus sauvage et était à l’origine d’une flambée.

Vingt et un enfants en République Dominicaine et en Haïti – les deux pays constituant l’île d’Hispaniola – ont été paralysés et deux d’entre eux sont décédés avant que la flambée ne puisse être enrayée par des campagnes de vaccination de masse. L’épisode a révélé une nouvelle possibilité alarmante* : le vaccin de choix dans la plupart des pays, le vaccin antipoliomyélitique oral trivalent, pouvait lui-même conduire à de nouvelles flambées de poliomyélite.

Bien que de telles flambées aient eu lieu dans 16 autres pays depuis la flambée enregistrée sur l’île d’Hispaniola, elles sont extrêmement rares, compte tenu des 10 milliards et plus de doses de vaccin antipoliomyélitique oral qui sont administrées à 2,5 milliards d’enfants.

Pour les responsables de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le puzzle de l’éradication est soudainement devenu beaucoup plus complexe.»

  • « Nous avons pris conscience que nous devions non seulement éradiquer le poliovirus sauvage, mais aussi le virus dérivé du vaccin», déclare Bruce Aylward, Sous-Directeur général du Groupe Poliomyélite.
  • « Nous étions donc confrontés à cet énorme nouveau problème et nous devions trouver une solution radicalement nouvelle. Cela a été un sacré défi », déclare le Dr Aylward.

L’article apporte une précision très intéressante sur le virus retrouvé à Hispaniola :

  • « Pour Hispaniola, on a pu établir que le virus venait de recombinaisons entre une souche vaccinale de type 1 et au moins 4 entérovirus différents, ce qui a créé un virus ayant retrouvé la capacité de provoquer des paralysies et celle d’une transmission interhumaine. Ces recombinaisons se font dans les intestins des êtres humains que le virus rencontre en circulant. S’il peut exister des contaminations directes d’homme à homme par des souillures fécales, l’essentiel se fait par le relai des eaux consommées et contaminées par des matières fécales. »

Voici des extraits du REH du 12 février 2016 [1 bis] qui faisait le point sur des flambées de poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales (PVDVc) dans 5 pays en 2014-2015, dont 2 par le virus de type 2.

  • « En Guinée, un enfant de la province de Kankan a manifesté des symptômes le 20 juillet 2015. Il s’est rendu à Bamako (Mali) où un PVDVc2 présentant 25 différences nucléotidiques avec la souche vaccinale Sabin de type 2 a été isolé à partir d’un échantillon de selles reçu le 4 septembre 2015. Génétiquement, il était lié à un cas de PVDVc2 survenu en Guinée, avec apparition de la paralysie en août 2014… 3 autres PVDVc2 ont ensuite été identifiés, la paralysie remontant pour le dernier cas au 2 octobre 2015.
  • Au Myanmar, un PVDVc2 présentant 15 différences nucléotidiques avec la souche vaccinale Sabin de type 2 a été isolé à partir d’un échantillon provenant d’un enfant chez qui les symptômes sont apparus le 5 octobre 2015 dans la province de Rakhine. Ce cas est lié génétiquement au cas de PVDVc2 survenu dans la même province, avec apparition des symptômes le 16 avril 2015.
  • Des PVDVc ont aussi été signalés au Nigeria et au Pakistan au cours du premier semestre de 2015. »

Il est reconnu l’existence de trois virus polio sauvages de type 1, 2 et 3.

Les campagnes de vaccinations par le vaccin polio oral trivalent à virus vivant ont mis en circulation des poliovirus de souches vaccinales qui ont évolué en circulant dans les intestins de nombreux humains pour donner des virus dits dérivés de souche vaccinale.

Ainsi, à Londres, ce sont des virus dérivés de la souche vaccinale de type 2 qui ont été découverts dans les eaux usées alors que le virus sauvage de type 2 n’a plus été vu depuis octobre 1999 et qu’il a été officiellement déclaré éradiqué :

  • « La Commission mondiale pour la Certification de l’Éradication de la Polio a déclaré, le 20 septembre 2015 que le virus polio sauvage de type 2 avait été éradiqué de la planète. »

Conformément au plan initial de 1988,  les 145 pays qui utilisaient le VPO triple l’ont abandonné en avril-mai 2016. Il a été remplacé partout par le vaccin vivant bivalent avec les types 1 et 3. Pourtant, presque simultanément, le 7 septembre 2015, l’OMS annonçait qu’un cas de paralysie par un virus polio dérivé d’une souche vaccinale de type 2 était apparu au Mali [2].

  • « Bamako, le 7 Septembre  2015  – Un cas de poliovirus circulant de type 2 dérivé du vaccin (PVDV2) a été confirmé au Mali. Le pays est en état d’alerte après que les autorités de Bamako, la capitale et la plus grande ville du pays, ont détecté un cas dont la date de paralysie remonte au 20 Juillet 2015. Les résultats préliminaires révèlent qu’il s’agit d’un enfant de 19 mois, de nationalité guinéenne, dont la paralysie est survenue en Guinée environ 7 jours avant son arrivée à Bamako pour la recherche de soins. Le dernier cas de polio virus sauvage au Mali remonte au11 juin 2011 à Goundam, région de Tombouctou.
  • Le virus détecté est génétiquement lié à une souche  de PVDV2 confirmée dans le district de Siguiri, dans la région de Kankan en Guinée en août 2014 et qui, depuis plus de 2 ans, circule à travers les frontières internationales sans détection.
  • Le risque de propagation de ce virus est jugé élevé. Aussi, il a une capacité de provoquer des cas de paralysie chez l’homme et même de tuer. L’émergence et la diffusion de PVDV2 révèlent le faible niveau d’immunité de la population contre ce virus. La cause principale réside dans les faibles taux de couverture vaccinale en Guinée. Par conséquent, le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) doit être administré à plusieurs reprises afin de stopper l’épidémie et de protéger les enfants. L’opération d’urgence doit comprendre au moins trois campagnes de vaccination de haute qualité pour arrêter toute propagation possible à d’autres communautés. Il est très important que les populations veillent à ce que tous les enfants de moins de cinq ans soient vaccinés au cours des trois passages de campagne contre la polio. Au Mali, la première campagne commencera dès cette semaine et dans les 14 jours en Guinée suivant les directives en vigueur. 
    L’expérience acquise dans d’autres pays nous apprend que les campagnes de vaccination de masse doivent être minutieusement planifiées, préparées et conduites avec une bonne supervision afin qu’elles soient les plus efficaces possible. Par ailleurs, les activités de surveillance, de mobilisation sociale sont des facteurs clés de réussite.
  • En outre, les systèmes de vaccination de routine devraient être rapidement renforcés dans ces deux pays afin de maintenir le niveau d’immunité des populations et d’éviter ainsi la survenue d’épidémies de poliomyélite dues à des virus de types sauvage ou dérivé.
  • La poliomyélite est une maladie dévastatrice hautement contagieuse qui touche principalement les jeunes enfants dans les zones où l’hygiène et l’assainissement ne sont pas adéquats. Le virus de la poliomyélite pénètre dans l’organisme par la bouche et se propage facilement par l’intermédiaire des matières fécales contaminées à travers la nourriture et l’eau. Il envahit le système nerveux et peut provoquer une paralysie permanente ou la mort. Les premiers symptômes de la maladie sont la fièvre, la fatigue, les céphalées, les vomissements, la raideur de la nuque et des douleurs dans les membres. »

Mais les virus se rient des documents officiels car cette éradication officielle n’a pas empêché des virus polio de type 2 de souche vaccinale de provoquer des paralysies après cette proclamation.

Nuages gris, nuages noirs

Une image pour comprendre. Dans le ciel, il y a des nuages noirs menaçants. Comment faire pour les chasser ? On décide d’envoyer des nuages gris pour les remplacer. Cela paraitra plus sympa que des nuages noirs mais une fois les nuages gris en place, on constate qu’ils peuvent à leur tour devenir noirs ! Que faire ? Envoyer d’autres nuages gris qui pourront devenir noirs et ce indéfiniment ?

C’est la stratégie vaccinale. Il existe une autre solution : un grand coup de vent pour retrouver enfin le ciel bleu ! L’assainissement, le contrôle et le traitement des eaux usées fut la clé de l’éradication des virus polio et de bien d’autres entéro-pathogènes en Europe et aux USA.

  • Les vaccins à virus inactivés peuvent éviter une paralysie mais ils ne peuvent empêcher la circulation des virus qui se fait par le relai des excréments humains.
  • Les vaccins oraux à virus vivant peuvent protéger d’une paralysie car des virus vaccinaux passant dans le sang par la paroi intestinale, ils pourront générer une immunité humorale. Ils peuvent aussi créer une immunité intestinale qui bloquera des virus polio sauvages qui parviendraient jusque là. Mais pas à la première ingestion, c’est là une bonne partie du problème ! Car en vaccinant ainsi enfants et adultes, on réintroduit constamment de nouveaux virus dans la population humaine et ces virus iront là où vont les matières fécales. Si on n’en a pas la maitrise, ils pourront persister suffisamment dans l’environnement pour être “consommés“ par des être humains, passer dans leurs intestins, rencontrer d’autres entérovirus et évoluer pour être à nouveau excrétés et repartir pour un nouveau cycle. Cela peut se poursuivre indéfiniment. On les appelle des virus dérivés de souches vaccinales (PVDV ou PVDVc pour indiquer qu’ils circulent).

La polio à New York !

Ce phénomène paraissait devoir rester confiné à l’Afrique et l’Asie. Mais non, il va se manifester à New York !

14 juillet 2022, les autorités de santé de la ville annonçaient qu’un jeune homme dans le comté de Rockland était frappé d’une paralysie liée à la polio alors qu’il n’avait pas voyagé en zone endémique [3]. La poliomyélite avait été déclarée officiellement éradiquée des USA en 1979, le dernier cas importé s’étant manifesté en 2013.

Rappelons que le terme éradiqué ne signifie pas seulement qu’il n’y a plus de malades mais aussi que le virus ne circule plus dans la population, ce qui est beaucoup plus exigeant. Or aujourd’hui, des virus polio circulent à New York :

  • « Des tests effectués dans les égouts de New York City indiquent la présence de poliovirus dans la ville. Le poliovirus dérivé d’un vaccin est une souche du poliovirus affaibli qui était incluse dans le vaccin oral contre la polio et qui a continué à se répliquer et à se modifier au fil du temps pour se comporter davantage comme le virus sauvage ou naturel. Le poliovirus dérivé du vaccin émerge dans les populations à faible couverture vaccinale et touche les personnes non vaccinées ».
  • « Au 5 août, les eaux usées à New York ont fait ressortir 11 échantillons génétiquement liés à ce « patient zéro ». « Bien qu’aucun cas supplémentaire n’ait été identifié pour le moment, ces résultats indiquent que plus d’une personne excrète le virus dans ses selles », ont indiqué les CDC ».

Il pourrait s’agir de « la pointe de l’iceberg d’une propagation potentiellement beaucoup plus grande », a averti la commissaire à la santé de l’État de New York, Mary Bassett, « d’après les échantillons recensés dans les eaux usées, la circulation réelle pourrait être bien plus élevée. Il y a donc des centaines, voire des milliers de cas (…) pour que nous puissions détecter un cas paralysé », avertit ce mardi auprès de la BBC Dr Patricia Schnabel Ruppert, commissaire à la santé du comté de Rockland.

Sur Santé publique France [4] :

  • « L’organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé le mercredi 22 Juin la détection de poliovirus dérivés d’une souche vaccinale de type 2, dans des échantillons d’eaux usées prélevés dans le cadre de la surveillance. Cette station d’épuration se situe à Londres et draine un bassin de population de 4 millions de personnes ».

« Un poliovirus dérivé d’un vaccin (PVDV) est une souche du poliovirus atténuée qui était initialement incluse dans le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) et qui a évolué au fil du temps par mutation génétique pour devenir virulente et se comporter davantage comme un virus sauvage. De ce fait, il peut se transmettre à des personnes qui ne sont pas correctement vaccinées contre la poliomyélite et causer la maladie essentiellement dans des pays utilisant le vaccin oral. Tout comme les virus contenus dans le vaccin oral, ils sont excrétés dans les selles des individus vaccinés.

En France comme dans de nombreux pays, la vaccination contre la poliomyélite repose sur l’utilisation du vaccin inactivé (VPI) qui ne présente pas ce risque.»

Que dit l’OMS sur la poliomyélite [5] :

  • « La poliomyélite est une maladie virale extrêmement infectieuse qui touche en grande partie les enfants âgés de moins de 5 ans. Le virus se transmet d’une personne à l’autre principalement par voie féco‑orale. Moins fréquemment, il peut être véhiculé par un support ordinaire (par exemple, de l’eau ou des aliments contaminés). Il se multiplie dans l’intestin, d’où il peut envahir le système nerveux et entraîner une paralysie ».

« En 1988, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution appelant à l’éradication mondiale de la poliomyélite, marquant ainsi la création de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) menée par les gouvernements nationaux, l’OMS, le Rotary International, les Centers for Disease Control and Prevention des États Unis d’Amérique et l’UNICEF, auxquels se sont joints par la suite la Fondation Bill et Melinda Gates et Gavi, l’Alliance du Vaccin. Les cas dus à un poliovirus sauvage ont diminué de plus de 99 % depuis 1988, passant d’une estimation de 350 000 cas répartis dans plus de 125 pays d’endémie à 175 cas notifiés en 2019.

Parmi les 3 souches de poliovirus sauvage (type 1, type 2 et type 3), le poliovirus sauvage de type 2 a été éradiqué en 1999 et aucun cas dû au poliovirus de type 3 n’a été observé depuis le dernier cas signalé au Nigéria en novembre 2012.  Ces deux souches ont été officiellement reconnues comme étant éradiquées au niveau mondial. En 2020, le poliovirus sauvage de type 1 circule encore dans deux pays : le Pakistan et l’Afghanistan.

Les stratégies d’éradication de la poliomyélite sont efficaces lorsqu’elles sont appliquées dans leur intégralité. Le démontrent parfaitement : l’Inde, sans doute le territoire posant le plus de problèmes sur le plan technique, qui a mis fin à la poliomyélite en janvier 2011 et la Région OMS de l’Asie du Sud-Est qui, tout entière, a été certifiée exempte de poliomyélite en mars 2014.»

Après cet état des lieux pour la poliomyélite, retournons à l’époque où elle sévissait en France et ailleurs. Voici un extrait du Cours du Centre international de l’Enfance qui fut professé à Paris d’octobre à décembre 1951. C’est un ouvrage de 500 pages fort précieux. Il s’agit bien sûr des vaccins de l’époque.

« Les accidents de la vaccination anticoquelucheuse par le professeur S. Van Creveld Amsterdam  (p. 264 et suivantes) :

  • « Ces dernières années, on a rapporté de nombreux cas de poliomyélite consécutifs à la vaccination. Mac CLOSKEY a montré qu’il existe une relation entre l’inoculation de vaccin anticoquelucheux et une poliomyélite ultérieure lorsque l’injection a été pratiquée un mois auparavant. Le membre paralysé est souvent celui où l’injection de vaccin a été faite. De plus, cet auteur pense que l’inoculation du vaccin favorise l’apparition de paralysies dans des formes qui eussent été, sans cela, non paralytiques.
  • « En Australie, 53 malades (de polio) avaient subi une vaccination antidiphtérique ou anticoquelucheuse ou les deux associées, 41 dans le mois précédent, 9 au cours du deuxième mois et 3 au cours du troisième. »
  • « Les mêmes conclusions ont été signalées en Angleterre par KNOWELDEN et BRADFORD HILL. Ils constatèrent que chez les enfants de moins de deux ans qui avaient subi une vaccination antérieurement, les paralysies étaient plus fréquentes au niveau du membre supérieur qu’au niveau du membre inférieur et, plus souvent à gauche qu’à droite, la vaccination en Angleterre se pratiquant de préférence au bras gauche. »
  • « De ces études, on peut conclure que les expériences australiennes et anglaises sont très comparables et qu’une injection récente peut entrainer la localisation de la paralysie dans le membre où elle a été pratiquée.
  • Chez un enfant hébergeant le virus de la poliomyélite, l’injection du vaccin polarise la paralysie vers l’endroit injecté.
  • De ces observations et d’autres, on peut conclure que la vaccination faite en période d’épidémie de poliomyélite n’est pas recommandable et, dans les régions où la poliomyélite est endémique, il faut suspendre autant que possible, les vaccinations durant les mois d’été. »
  • « Dans la poliomyélite expérimentale chez la souris, il a été observé un raccourcissement net de la période d’incubation avant l’apparition des paralysies consécutivement à une injection de vaccin anticoquelucheux, ou de vaccin associé avec le vaccin antidiphtérique ou de ce vaccin seul. »
  • « Tous ceux qui ont fait des recherches sur ce sujet ont constaté que l’intervalle de temps séparant la dernière injection et l’apparition des symptômes paralytiques est rarement de moins de cinq jours. D’ailleurs les mêmes accidents ont été observés avec l’injection de produits divers : antibiotiques, vaccin anticholérique, etc. »

Bien sûr des hypothèses ont été avancées pour expliquer ces observations :

  • « La plupart des auteurs sont d’accord pour admettre que le malade présentait une infection poliomyélite latente au moment de la vaccination et que l’injection a permis la manifestation de la maladie. Cette hypothèse se base sur les constatations faites dans beaucoup de pays, selon lesquelles un grand effort physique peut augmenter le risque d’apparition d’une paralysie. »

Dans le même document le professeur Robert Debré reconnaissait que « la seule chose sûre, c’est que la vaccination peut avoir un effet localisateur … mais de là à lui faire jouer un rôle déterminant, il y a un grand pas qu’on ne peut franchir dans l’état actuel des choses » Il affirme « ne pas être convaincu qu’une vaccination pouvait provoquer à elle seule une poliomyélite ».

Le Pr Basset de l’Ecole vétérinaire de Lyon écrira en 1953 ( [6] p 166) :

  • « L’Académie suisse des Sciences médicales (juin 1950) prit une résolution dont j’extrais ce qui suit : les vaccins contre la coqueluche ou la diphtérie, injectés ensemble ou isolément , augmentent le danger d’apparition de la poliomyélite… Il est donc nécessaire de ne pas vacciner contre la diphtérie ou contre la coqueluche en période d’épidémie ou pendant la période où elle risque de sévir, c’est à dire pendant les six derniers mois de l’année. »

Les virus polio ne sont pas des virus stables. Il existe des virus polio naturellement atténués mais qui peuvent devenir virulents, c’est à dire capables de provoquer une paralysie sous certaines actions extérieures allant d’un effort physique intense à l’injection de certains produits. D’ailleurs quand Albert Sabin à crée le vaccin polio oral il n’est pas parti d’un virus virulent mais d’un virus spontanément atténué. Son seul problème fut alors de le conserver vivant. Une fois ces souches virulentes crées, elles peuvent se propager ou pas selon l’environnement. C’est l’environnement qui va être la clé du problème et non le vaccin.

Mais le plus gros problème ne sera pas l’éradication des virus sauvages de type 1 et 3. Ce sera l’éradication des virus dérivés de souches vaccinales qui se substituent aux virus sauvages pour circuler comme eux et avec la capacité de retrouver la même virulence que les sauvages en se combinant avec d’autres virus dans les intestins des humains et ce tant que le traitement de l’eau consommée par les populations ne sera pas suffisant pour en arrêter la circulation.

En effet, le point 4 du programme OMS s’est avéré complètement faux et cela compromet très sérieusement, quoiqu’on en dise, l’éradication de la poliomyélite dans un avenir prévisible.

Institut Pasteur janvier 2021 [7] :

  • « La transmission des poliovirus se faisant essentiellement par voie féco-orale, les principales mesures de prévention tiennent au développement de l’hygiène. Comme il n’existe pas de traitement de la maladie, la seule action médicale préventive est constituée par la vaccination qui, effectuée à plusieurs reprises, protège l’enfant. »

Moralité : le développement de l’hygiène n’étant pas de nature médical, comprenez n’étant pas du ressort de l’industrie pharmaceutique, on ne s’en occupe pas.

Voici une observation particulièrement étonnante faite au Mali [8] :

  • « Nous avons ainsi remarqué que le nombre de poliovirus sauvage isolé était proportionnel au nombre de doses de VPO. »

Une étude en français sur les conséquences de la pression vaccinale sur le monde des entérovirus avait été exposée les 14-15 octobre 1999 à l’Institut Pasteur de Paris. Elle s’intitulait : « Campagne intensive de vaccination avec le vaccin polio oral : quelles répercussions sur le monde des entérovirus ?  » On y lit :

  • « Dans la phase de pré-éradication de la poliomyélite qui s’amorce avec le nouveau millénaire, se posent cependant deux problèmes de génétique et d’écologie virale qui pourraient compromettre l’opération, sinon amoindrir les bénéfices attendus. D’une part, la mise en évidence de quelques souches vaccinales mutantes ayant circulé durant une longue période suggère que le VPO pourrait entretenir un réservoir de souches pathogènes et être un obstacle à l’éradication du virus. »

C’est la problématique majeure de l’éradication de la polio : l’instrument de cette éradication – le VPO – est en même temps l’instrument du maintien de la polio ! Comme ces campagnes massives en 1999 se sont encore considérablement intensifiées depuis, les problèmes posés n’ont pu que s’aggraver.

Les auteurs poursuivent :

  • « D’autre part, dans le cas où l’éradication de la poliomyélite serait cependant établie, il paraît dorénavant souhaitable d’anticiper sur l’évolution des entérovirus dans un monde sans poliovirus, et d’évaluer dans quelle mesure les entérovirus non-polio (ENPV) pourraient être à l’origine de nouvelles souches épidémiques particulièrement pathogènes pour l’homme. »

Autrement dit, la cessation de la circulation des poliovirus pourrait s’accompagner de la création de nouvelles souches d’entérovirus particulièrement dangereuses …

Je n’ai pas retrouvé le lien actuel mais, à défaut, il y a l’étude de 2013 du même Institut Pasteur [9].

Conclusion

L’OMS cherche-t-elle encore à éradiquer la polio ? Rien n’est moins sûr, tout indique qu’elle a en fait renoncé à stopper la circulation des virus dérivés de souches vaccinales et, qu’en matière d’éradication, elle se contentera des trois virus sauvages. Elle ne peut le dire ouvertement mais c’est pratiquement acté comme je tenterai de l’expliquer dans un autre article. A suivre dans mon prochain article qui s’intitulera : L’OMS a-t-elle renoncé à éradiquer la polio ?

 

Bernard Guennebaud
Septembre 2022

 

Notes et sources
[1] Bulletin OMS du 7 juillet 2012. Je n’ai pu retrouver le nouveau lien. Voir mon article de 2018.
http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2018/01/20/36065805.html
[1 bis ] REH du 12 février 2016 Je n’ai pas su retrouver le lien actuel.
[2] https://www.afro.who.int/fr/countries/mali/news/epidemie-de-poliomyelite-confirmee-au-mali
[3]  https://www.mesvaccins.net/web/news/19671-presence-de-poliovirus-dans-les-egouts-de-la-ville-de-new-york
[4]  https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2022/detection-du-virus-de-la-polio-dans-les-eaux-usees-en-angleterre-analyse-de-sante-publique-france#block-448833
[5]  https://www.who.int/fr/health-topics/poliomyelitis#tab=tab_1
[6]  Immunologie et prophylaxie de la tuberculose   Chez Vigot  1953
[7]   https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/poliomyelite
[8] https://www.cairn.info/revue-sante-publique-2009-5-page-507.htm
Circulation des poliovirus sauvages en Afrique de l’Ouest : l’exemple du Mali Dans Santé Publique 2009/5 (Vol. 21), pages 507 à 512
[9]  Institut Pasteur  2013 https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2013/11/medsci20132911p1034/medsci20132911p1034.html

 

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