C’est dorénavant l’usage, les puissances financières et dogmatiques des fabricants de vaccins peuvent autoriser les pires catastrophes de santé publique sans que le grand public n’en soit jamais réellement avisé. On a l’habitude des adjuvants et conservateurs particulièrement toxiques (thiomersal, aluminium, possiblement graphène…), vient le tour ici des vaccins vivants et des virus indésirables embarqués comme passagers clandestins dans les préparations vaccinales. C’était au temps des journalistes qui enquêtaient et ne lâchaient rien pour faire triompher les vérités qui dérangent. Le monde d’avant. Merci à Bernard Guennebaud qui a repris la plume  pour deux articles aussi dérangeants que passionnants. Si le lecteur souhaite, par la suite, faire aveuglément confiance au lobby des vaccins, libre à lui… Bonne lecture. 

 

Sur la pancarte montrée par la photo ci-dessus on peut lire (1):
POLIO MISSION COURTOIS KOPROWSKI CENTRE D’EXPÉRIMENTATION
ENTRÉE INTERDITE

 

Introduction

Cette pancarte est très importante car elle mentionne deux noms, celui de Ghislain Courtois, le biologiste belge à gauche sur la photo. Dans les années 1956-1960 il dirigea à Stanleyville, au Congo belge, un laboratoire de recherche moderne et remarquablement bien équipé. Elle donne aussi celui de Hilary Koprowski, à droite sur la photo. Au Wistar Institut de Philadelphie il menait des recherches sur un vaccin contre la poliomyélite. Cette pancarte assure que des recherches sur la polio furent conduites en ce lieu inauguré par Koprowski en février 1957. La photo fut prise le jour de l’inauguration.

J’ai préparé deux articles sur les expérimentations qui furent conduites en ces lieux. Il ne s’agira pas, pour moi, de discourir sur les origines du sida mais de décrire et d’analyser l’immense polémique générée par ces recherches.

Cette polémique sera ponctuée par un symposium à Londres les 10-11 septembre 2000 avec la participation des deux principaux protagonistes, Hilary Koprowski auréolé par ses recherches médicales et Edward Hooper journaliste d’investigation qui publiera en 1999 une enquête de 1200 pages, « The River », allusion à un affluant du fleuve Congo, la rivière Lindi au milieu de laquelle, sur une presque-île, avait été installée une animalerie de chimpanzés avec, à l’entrée, la pancarte illustrant cet article.

L’origine du sida : entre recherches et passions

Dans les années 1990 le monde entier se passionne pour l’origine du sida. Dès 1992 un journaliste Tom Curtis publie un article sur cette origine dans la revue Rolling Stone :

L’affaire du SV 40, un virus du macaque inoculé à des millions de personnes par les vaccins de Salk et de Sabin, avait suggéré qu’il pourrait en être de même pour le virus du sida dont l’origine simiesque ne faisait déjà plus aucun doute.

L’affaire tourna court et la revue Rolling Stone s’excusa publiquement d’avoir publié un tel article. Il est vrai que Curtis avait commis l’erreur de mettre en cause le singe vert pour attaquer un monstre sacré, Hilary Koprowski mondialement connu pour ses travaux sur le cancer et le sida.

Deux années consécutives, la télévision publique proposera 24 heures d’émissions télévisées en continu sur le sida. Invité permanent, le célèbre professeur Luc Montagnier démentira catégoriquement l’hypothèse en vogue à l’époque : un virus élaboré en laboratoire et introduit volontairement ou expérimentalement en Afrique.

« Mais vous, Professeur, vous connaissez l’origine du sida » avance le présentateur. « Oui » sera sa seule réponse. Un oui ferme ne laissant place ni au doute ni à l’hypothèse. A l’époque donc, certains grands spécialistes du sida connaissaient – ou du moins pensaient connaître – l’origine du sida, origine que nous, le public, n’avions pas le droit de connaître…

Pendant ce temps, le journaliste Edward Hooper poursuivait ses investigations commencées dès 1983 au Congo, en Belgique et aux USA, rassemblant des milliers de documents et des centaines d’heures d’interview pour publier son enquête en 1999.

Fin 2002 est publié « La guerre contre les virus« , un ouvrage de Jean-François Saluzzo (chez Plon), scientifique de renommée mondiale : 14 ans à l’Institut Pasteur et dans les 2 plus grands centres américains de lutte contre les virus, le CDC d’Atlanta et l’USAMRIID, le laboratoire de l’armée américaine (le fameux Fort Detrick). En 1977, à l’Institut Pasteur de Bangui, il met en place un programme de recherches sur le virus Ebola et les fièvres hémorragiques et il sera à l’origine, en 1985, d’un laboratoire de haute sécurité à l’Institut Pasteur de Paris. Il est devenu expert auprès de l’OMS et il sera chargé de développer un vaccin contre le SRAS. Il publiera en mars 2004 un autre ouvrage « Des hommes et des germes« .

L’affaire selon Saluzzo

  •  » L’analyse phylogénique du virus VIH-1 révèle qu’il dérive probablement d’un virus simien retrouvé chez le chimpanzé et qui serait passé à l’homme. Comment ce passage s’est-il réalisé et où ? Sur ce dernier point, les scientifiques sont tous d’accord : l’épicentre de la pandémie de sida se trouve en Afrique Centrale. »

Deux possibilités s’opposent pour expliquer la transmission du singe à l’homme : « Une transmission naturelle lors de la chasse, en dépeçant l’animal capturé ou une transmission par un vaccin préparé sur des cellules de singes, et en particulier le virus polio oral préparé par Koprowski et largement testé au Congo. Les tissus de singe, le lieu, l’époque (1960), apportent des éléments crédibles. »

A propos de l’enquête menée par Hooper, Saluzzo reconnaît qu’il s’agit d’un ouvrage remarquablement bien documenté qui « suggère que Koprowski avait utilisé des cellules de rein de singe chimpanzé pour produire le vaccin testé en Afrique (la souche CHAT). »

Pour Saluzzo, l’espèce de singe est un élément essentiel car il est probable, dit-il, que le virus VIH-1 dérive du virus de l’immunodéficience du chimpanzé. Selon lui, il n’existe aucune preuve de l’emploi de cellules de chimpanzé :

  •  » Des échantillons de vaccin ont récemment été analysés à l’Institut Pasteur et trouvés négatifs pour ce qui est de l’éventuelle présence d’un virus SIV ou VIH. Ces éléments permettent de conclure le débat.« 

Voilà qui paraît clair, mais il y a au moins une chose que J-F Saluzzo ne dit pas :

Que signifiait le sigle CHAT?

La revue La Recherche a publié plusieurs articles sur cette affaire. Le premier en juillet 2000, par Jean Donadieu, immunologiste à l’hôpital Trousseau à Paris qui analyse l’ouvrage de Hooper :

 » La souche CHAT, dont tout laisse à penser que son sigle signifie Chimpanzee Attenuated, a été produite en grande quantité. En confrontant la localisation de ces campagnes vaccinales et celles des premiers cas d’infection VIH en Afrique Centrale, Hooper retrouve une concordance très forte : les localisations se superposent. Ce scénario, qui restera une hypothèse puisqu’un certain nombre d’éléments susceptibles de l’infirmer ou de le confirmer n’existent plus, est à ce jour le seul permettant d’expliquer l’ensemble des données disponibles aujourd’hui. Ce livre, fruit d’un travail colossal d’entretiens, d’enquêtes, est indispensable à la compréhension du sida. »

Six mois plus tard, nouvel article (janvier 2001) par Denise Nadiche, journaliste scientifique et avec la collaboration d’un ancien collaborateur de Hilary Koprowski devenu conseiller scientifique d’Aventis Pasteur, Stanley Plotkin (1).

L’analyse de l’ADN par la technique de la PCR (polymérisation en chaîne), a révélé  » que l’ADN des préparations vaccinales provenaient bel et bien de macaques et non de chimpanzés; aucune trace d’ADN de VIH ou de VIS n’a été détectée. »

Plotkin fait de plus observer que s’il y eut 250 000 vaccinés au Congo par la souche CHAT, (on dit plus d’un million pour l’Afrique centrale) il y en eut 7 millions en Pologne sans observer de cas de sida. Objection qui paraît effectivement de taille. Mais il oublie de préciser trois points:

1- Ni lui ni Koprowski n’ont donné la signification du sigle CHAT que Hooper pense pouvoir interpréter par CHimpanzee ATtenuated. Il paraît étonnant que les protagonistes encore vivants de cette affaire (en l’an 2000), dont Koprowski, n’aient jamais répondu à cette question. Que penser alors de l’affirmation de la revue : « Plotkin, en reprenant point par point les arguments de Hooper, ôte tout caractère de plausibilité à sa théorie ».

2 – On a de plus la preuve que Koprowski avait déjà travaillé sur des chimpanzés, et c’est Saluzzo lui-même qui l’atteste ( p. 96) :

  •  » Il atténue le virus polio type 2 par passage sur cerveau de souris puis sur cerveau de rat. Il montre que le candidat est atténué chez le chimpanzé. En outre, il démontre que le virus est également atténué lorsqu’il est inoculé directement dans le cerveau du singe. » C’était en 1951.

Cela prouve que Koprowski qui travaillait à l’Institut Wistar de Philadelphie, avait une filière pour se procurer des chimpanzés. Mais Sabin va écraser la course en annonçant qu’il avait réussi à cultiver les trois types de virus polio sur rein de singe. C’est ce procédé qui va donner un avantage décisif à Sabin et au laboratoire qui le soutient.

Koprowski est donc en retard sur son concurrent. Il a des chimpanzés à disposition et cultive déjà le virus sur le cerveau de ces singes. Il paraît tout à fait vraisemblable qu’il ait décidé de poursuivre avec la même espèce pour créer la souche CHAT mais en imitant Sabin en cultivant sur les reins. Cela lui permettait de tenter sa chance avec une espèce qui pouvait s’avérer plus favorable que celles utilisée par Sabin.

La revue La Recherche confirme dans son article de janvier 2001 qu‘il y a bien eu, à l’époque, cinq ou six envois de reins de chimpanzés depuis le Congo jusqu’aux États-Unis. Or, les reins étaient utilisés pour cultiver un virus et non pour tester un vaccin, ce qui devait se faire sur un singe vivant.

On peut par ailleurs penser que si Koprowski avait choisi des cerveaux d’animaux pour cultiver les virus polio, c’était sans doute parce que Max Theiler venait d’obtenir le prix Nobel de médecine pour la découverte d’un vaccin contre la fièvre jaune qui était cultivé sur cerveau de rat. Le succès de Sabin a pu conduire Koprowski à opter pour les reins mais s’il voulait rester dans la course il devait se distinguer de lui en choisissant une autre espèce de singes. Il est donc très logique qu’il ait opté pour le chimpanzé.

3 – Plotkin ne dit pas ce que révèle Saluzzo, à savoir que les campagnes au Congo et en Pologne ne furent pas simultanées : après les 250 000 vaccinations menées au Congo en 1957 (selon Plotkin), Sabin et Koprowski se retrouvèrent à Washington pour présenter leurs résultats au premier congrès international sur le vaccin polio.

Koprowski dut y subir les attaques très sévères de Sabin et d’un spécialiste de l’Institut de la santé sur la qualité de ses souches. Si on ne change pas une équipe qui gagne, on change une équipe qui perd !

Aussi, il paraît invraisemblable qu’il ait alors engagé en Pologne (1958–1960) la vaccination expérimentale de 7 millions de personnes sans rien changer à ses souches car alors il partait perdant.

Sabin utilisait des macaques d’Asie. Pour tenter de le rattraper, Koprowski a pu décider de s’aligner sur lui. Il aurait pu ou dû changer le nom de sa souche, mais il s’agissait d’un nom officieux dont il n’a jamais donné la signification. De plus, il aurait ainsi signifié qu’il reconnaissait les critiques qu’il avait refusé au Congrès. Il paraît alors très logique (ou plutôt psycho-logique ) qu’il ait conservé le sigle CHAT.

Après les premiers essais au Congo, Koprowski va profiter de ses origines polonaises pour faire tester son vaccin en Pologne. On peut alors se demander si la même espèce de singe fut utilisée au Congo et en Pologne.

La première conclusion est que la souche utilisée en Europe, tout en portant le même nom que celle utilisée en Afrique Centrale, pouvait être différente. C’était matériellement possible et plusieurs éléments penchent très fortement en ce sens.

Après la publication de l’ouvrage de Hooper, la polémique sur l’origine du sida prendra un importance telle que les 10 et 11 septembre 2000 un symposium sera organisé à la Royal Society à Londres sur cette affaire. Hooper était invité et Koprowski y fera un exposé : « Je m’adresse au public, pas à Hooper » dira-t-il. Le ton était donné….

C’est seulement au soir du 11 septembre, au moment de la conférence de presse qu’un chercheur d’Aventis Pasteur révélera l’existence de la PCR établissant la culture sur macaque, ce qui permettra à Stanley Plotkin, un proche collaborateur de Koprowski, de conclure le symposium ainsi : « Tout ce qu’il y a de fumeux, ce sont les théories de monsieur Hooper »

La communauté dite scientifique et concernée par cette question s’emparera aussitôt de cette conclusion définitive en proclamant haut et fort : « Rejet de l’hypothèse d’une association entre le vaccin antipoliomyélitique et l’origine du VIH » [Relevé épidémiologique hebdomadaire du 8/12/2000 de l’OMS].

Ainsi l’affaire sera définitivement classée.

Pourtant, cette PCR ne prouvait, en toute rigueur scientifique, que pour le contenu du petit tube testé et non pour l’ensemble de toute la production. D’ailleurs Koprowski a affirmé qu’il utilisait deux espèces de singes, des macaques de l’Inde et une autre espèce dont il a oublié le nom et qui venait des Philippines. L’analyse par PCR ne donne pas cette seconde espèce, alors pourquoi pas une troisième ?

Pour pouvoir conclure sérieusement comme a prétendu le faire la communauté scientifique, il faudrait apporter la preuve que la fabrication du vaccin fut constante au cours du temps et uniforme sur les différents sites d’essais ou alors que les différents échantillons retrouvés, s’il y en a eu plusieurs, représentent toutes les variantes de la production expérimentale.

D’ailleurs, comme on va le voir, il existe des éléments très forts indiquant que le vaccin utilisé au Congo avait été produit sur place dans un laboratoire qui fut fermé quelques années après, au moment de l’indépendance du Congo. Dans ces conditions, il est très peu probable que l’on puisse retrouver un jour un échantillon de cette production. Seuls, des éléments d’enquêtes pourraient traiter un tel problème.

Les scientifiques concernés par cette affaire s’autorisent à dénigrer les arguments présentés par Hooper car ils ne sont pas de nature scientifique. Ce dernier point est exact. Si Koprowski reconnaissait que le vaccin utilisé au Congo était bien élaboré sur chimpanzé personne ne contesterait plus ce fait. Pourtant, la preuve résulterait d’un témoignage qui ne serait pas de nature scientifique. Des éléments essentiels de cette affaire ne peuvent être confirmés ou infirmés que par des enquêtes. Les scientifiques de haut niveau s’occupant de cette question sont certainement parfaitement capables de le comprendre, alors pourquoi s’entêtent-ils ainsi dans une attitude totalement dépourvue de la rigueur dont ils se réclament en affirmant partout que la preuve scientifique que ce vaccin ne fut pas cultivé sur chimpanzé avait été apportée ?

Hooper isolé, Hooper terrassé ? Non ! Hooper relancé !

A suivre …

Bernard Guennebaud
Avril 2022

 

Le film qu’il faut visionner absolument est là : ↓

 

Notes et sources
1) Documentaire de 1h30 diffusé le 23 avril 2004 sur France 2 au cours du sidaction (photo à 57mn) https://www.canal-u.tv/video/cerimes/les_origines_du_sida.13982
(2) http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/13655_1
(3) Pour se faire une idée du personnage, relire https://www.aimsib.org/2020/10/12/quand-la-verite-depend-du-media-qui-la-porte/

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