L’affaire de la chloroquine puis le déroulé de ses épisodes successifs dans les médias professionnels et grand public nous amène à prolonger la réflexion au-delà du fait divers. On nous dit qu’en cas de doute sérieux sur la pertinence d’une thérapeutique il convient d’en stopper immédiatement l’usage? Chiche! Le Dr Michel de Lorgeril nous propose ici une extension directe de la désormais célèbre  « jurisprudence chloroquine »… Bonne lecture.

Introduction

La crise sanitaire liée à COVID-19 a été émaillée de multiples controverses concernant des questions variées (la préparation du système de santé, la réactivité des autorités sanitaires, l’utilité des masques, des mesures barrières, des tests sérologiques, du confinement, etc…) qui feront l’objet d’analyses attentives dans les mois qui viennent.

Parmi toutes ces disputes, l’une d’elle a fait l’objet de nombreux commentaires dans les médias et dans quelques cercles mercantiles, ou corporatistes : Celle soulevée par le Pr Raoult à propos de la chloroquine.

Je ne vais pas revenir sur les différentes étapes de la puérile controverse à laquelle ce médicament a donné lieu.

En simplifiant beaucoup, les uns plaidaient pour un usage (plutôt) immodéré de cette molécule en prétextant son efficacité antivirale et son innocuité, tandis que d’autres alertaient sur l’absence de données solides justifiant cette prescription et la possibilité d’effets adverses sévères.

Je ne vais pas non plus citer les différentes (médiocres) études derrière lesquelles les deux camps s’abritaient pour défendre des positions qu’ils estimaient inexpugnables. Le Président prit la peine de se déplacer jusqu’à Marseille pour apporter son soutien au Pr Raoult. Peu importe !

Retenons toutefois qu’après quelques hésitations, les autorités sanitaires se décidèrent – surtout après une publication du mauvais journal britannique The Lancet – à prendre parti dans la querelle et à se positionner franchement contre un usage libre de la chloroquine. Je recopie un paragraphe du site Medscape rapportant (le 29 Mai 2020) les propos modérés du Pr Christian Funck-Brentano, cardiologue, pharmacologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Il est écrit :

–  « En France, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a recommandé de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine (seule ou associée à l’azithromycine) dans le traitement du Covid-19, chez les patients, ambulatoires ou hospitalisés, et ce quel que soit le niveau de gravité. Aussi, l’ANSM a annoncé, par mesure de précaution, la suspension des inclusions de patients infectés par le SARS-CoV-2 dans les 16 essais cliniques autorisés en France pour évaluer l’hydroxychloroquine. Enfin, le gouvernement a abrogé le décret permettant la délivrance de l’HCQ par les pharmaciens dans l’indication de COVID-19. De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a annoncé suspendre temporairement le bras hydroxychloroquine de son essai international SOLIDARITY, visant à trouver un traitement efficace de la COVID-19. »

Quoique l’OMS ait fait volte-face depuis, le fond du problème reste le même : face à un médicament dont l’efficacité réelle n’est pas démontrée et dont on soupçonne une certaine toxicité, il est préférable de s’abstenir de le prescrire.

Qui peut décemment défendre une autre option ?

L’Autorité de l’Etat

Mais comme de nombreux médecins, sous la pression de leurs patientèles ou des médias, pourraient ne pas entendre ce message raisonnable, les autorités sanitaires – de mauvaises expériences antérieures avec du sang contaminé ou des hormones de croissance frelatées leur ayant appris qu’à la fin du match, c’est toujours leur faute – ont fait preuve de quelque autorité, comme indiqué sur le site Medscape ci-dessus.

Ceux qui ont quelque expérience ou quelque mémoire du fonctionnement du système de santé français ne peuvent pas s’étonner des décisions autoritaires de nos autorités et ne peuvent qu’approuver, ne serait-ce que silencieusement.

Mais ceux qui ont aussi gardé raison doivent immédiatement se poser la question du caractère exceptionnel de la situation faite à la chloroquine.

Alors désormais, un produit de santé dont l’efficacité n’est pas démontrée scientifiquement et qui est soupçonné d’effets adverses (quels qu’en soient les sévérités) devrait être déconseillé voire interdit à la prescription ?

Disons-le tout net : l’affaire de la Chloroquine doit faire jurisprudence !

Et la jurisprudence chloroquine doit être immédiatement appliquée !

Illustration par l’exemple

Prenons un exemple simple qui nous sorte de la crise sanitaire du COVID 19 tout en restant dans le contexte des maladies infectieuses : le vaccin antigrippal !

La campagne de vaccination antigrippale va commencer pendant l’été, donc très bientôt, et se pose la question de l’efficacité des vaccins qui seront proposés, question qui se double de nos interrogations vis-à-vis des effets adverses de ces vaccins.

Que savons-nous de l’efficacité de ces vaccins ?

Nous ne savons rien puisque ces vaccins sont (Juin 2020) en cours de fabrication.

Nous ne savons rien non plus évidemment de leurs effets adverses puisque ces vaccins n’existent pas encore.

Les experts de la vaccination antigrippale vont dire que les nouveaux vaccins de la saison 2020-2021 ressemblent à ceux de la saison 2019-2020 qui eux-mêmes ressemblent à ceux des saisons précédentes. Ils y ressemblent mais ils sont différents sinon pourquoi en fabriquer des nouveaux ?

Nous voilà ainsi face à plusieurs questions difficiles.

  • La première est évidente : si on se réfère aux vaccins des saisons précédentes, nous n’avons pas de forte évidence qu’ils aient été efficaces ; au moins si on exige une démonstration scientifique comparable à celle exigée pour la chloroquine. De même, nous ne pouvons fermer les yeux sur les effets adverses (individuels et communautaires) de ces vaccins rapportés par les industriels eux-mêmes.
  • La deuxième question est non moins évidente : si les nouveaux vaccins sont différents des anciens, qui peut dire qu’ils seront efficaces ? Qui peut affirmer qu’ils ne seront pas toxiques ?

En bref, l’application de la jurisprudence chloroquine devrait conduire les autorités sanitaires à déconseiller la vaccination antigrippale : pas d’évidence solide que ces vaccins sont efficaces et fort soupçon d’effet adverses.

Chaque mot compte : « évidence solide » et « soupçons » !

Avec la vaccination antigrippale, nous sommes donc exactement dans la configuration chloroquine !

La promotion commerciale de cette vaccination antigrippale serait malhonnête !

D’un vaccin à un autre…

Certains pourraient dire que la situation COVID/chloroquine est médicalement beaucoup plus sévère que la situation créée par la grippe et ses vaccins et qu’il faut plus de précautions avec la chloroquine qu’avec le vaccin antigrippal. Mais d’autres pourraient prendre une position opposée :

Si la grippe saisonnière est moins dangereuse que le COVID 19, il y a d’autant moins de raisons d’être exposé aux effets adverses du vaccin sans l’espoir d’un bénéfice démontré.

Mais le raisonnement d’un médecin conscientisé ou d’un scientifique rigoureux ne peut s’arrêter à la question des vaccins antigrippaux et à leur promotion commerciale.

Qu’en est-il des autres vaccins, notamment ceux qui sont obligatoires pour les nourrissons ? Avons-nous pour chacun d’eux une forte évidence qu’ils sont efficaces et aucun soupçon d’effets adverses ? Chaque mot compte !

La réponse est négative deux fois !

Conclusion

N’est-il pas urgent, à l’aune de la jurisprudence chloroquine, de reconsidérer l’ensemble de la politique vaccinale ?  Peut-il y avoir, en matière de santé publique, deux poids et deux mesures ?

C’est urgent car il faut rétablir la confiance dans notre système de santé et chez ses soignants ; et il n’y a pas de confiance sans une totale transparence !

Dr Michel de Lorgeril
Juin 2020

 

 

 

 

 

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