Si le 14 Juillet tombe régulièrement au mois de Juillet la proclamation de l’éradication de la variole en revanche, dont on fêtera les 40 ans le 8 Mai 2020, est déjà tombée le 9 décembre 2019. Avec à la clé le mensonge le plus énorme de toute l’histoire de la santé publique moderne, la vaccination a eu SEULE raison de cette épouvantable maladie. Bernard Guennebaud qui se passionne depuis longtemps pour l’histoire de la variole nous livre ici un document circonstancié où cette affirmation ressort comme nettement moins évidente, c’est ainsi chez les gens qui n’ont rien d’autre à vendre que du savoir, rien ne les oblige à conclure de manière convenablement orientée… Bonne lecture.

Année 2020 : la grande fête de l’éradication de la variole

Le 8 mai 2020 sera le 40è anniversaire de la proclamation officielle de l’éradication de la variole. Pour cette occasion, nul doute qu’une grande manifestation sera organisée. L’OMS a lancé la commémoration plus tôt [4], dès le 9 Décembre qui est seulement le 40è anniversaire de la publication du document de la Commission mondiale attestant de cette éradication.

– «La commémoration d’aujourd’hui marque le début d’une campagne d’une année pendant laquelle l’OMS et ses partenaires célébreront l’éradication de la variole et expliqueront qu’il faut poursuivre la lutte contre la poliomyélite et d’autres maladies et accroître rapidement les investissements dans la sécurité sanitaire mondiale. Une exposition consacrée à ce moment historique sera inaugurée à l’Assemblée mondiale de la Santé, en mai 2020, puis présentée en principe à d’autres manifestations, notamment à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. »

En devançant ainsi la proclamation solennelle et officielle du 8 mai, l’OMS  a pu ainsi annoncer que cette grande victoire sur la variole allait être l’occasion de manifestations dans le monde entier et tout au long de l’année 2020 .

 L’OMS a vaincu la variole d’accord, mais comment ?

« Le succès du programme d’éradication de la variole a permis de se doter de connaissances et d’outils essentiels pour la surveillance et a démontré les avantages de la vaccination en anneau et l’importance de la promotion de la santé pour combattre des maladies comme la poliomyélite et la maladie à virus Ebola »

Vous noterez qu’ils parlent du succès du programme d’éradication et non du succès de la vaccination, nuance de taille car le contenu de ce programme d’éradication se trouve sur le site de l’OMS: Il incluait notamment la recherche active des malades, l’identification des contacts puis l’isolement des uns et des autres.

– « Ce programme a également jeté les bases nécessaires à la mise en place de programmes de vaccination nationaux plus solides, partout dans le monde, contribuant à instaurer des soins de santé primaires dans de nombreux pays et créant une dynamique pour la couverture sanitaire universelle. »

On peut aisément deviner que cette grande fête en l’honneur de l’éradication de la variole sera aussi l’occasion d’une promotion mondiale sans précédents de la vaccination généralisée et universelle quels que soit les vaccins proposés ou imposés, présents, passés et futurs. Ce sera en réalité  la fête de LA VACCINATION.

Pourtant, sur le terrain, la vaccination ne fut pas toujours à la fête au cours de la campagne d’éradication de la variole qui débuta en Inde en 1962 pour se généraliser en 1967 puis s’achever en octobre 1977 avec le dernier cas de variole endémique en Somalie. L’affaire est complexe et embrouillée. Elle nécessitera plusieurs articles qui pourront être proposés au cours de cette année 2020, en parallèle avec la fête mondiale et officielle.

Pourtant, dès 1960, l’éradication semblait bien se présenter et à portée de fusil :

1962, l’OMS affiche ses certitudes

Conseil exécutif OMS  Janvier 1959: « il a été démontré que l’éradication de la variole  en zone endémique peut être obtenue par la vaccination   de 80% de la population en l’espace de quatre à cinq ans. » [1 annexe 4 p.79]

En 1962, les Cahiers de Santé Publique de l’OMS n°8, pages 8 et 9, écrivent: [2]

Cahiers de santé publique n°8, p.9, 1962]  [2]

Cahiers de santé publique n°8, p.10, 1962

 

– « nous pouvons être tout à fait certains … »
Ce sera très loin d’être aussi simple comme nous le verrons. Pourtant les épidémies semblaient évoluer dans le bon sens dès les années 1950, avant même qu’ait débuté le programme d’éradication :

 Ainsi dans « Actes officiels de l’organisation mondiale de la santé »  1962 [3] pages 14-15:
– « Malgré une certaine recrudescence en 1957 et en 1958, on peut noter un fléchissement général du nombre des cas qui ont été signalés dans le monde pendant les dix années qui se sont écoulées depuis 1952. Ce nombre est en effet passé de 489 922 en 1951 à 79 094 en 1961 et à 62 094 en 1962 (au 28 novembre). En 1960 et en 1961, des cas de variole ont été signalés dans cinquante-neuf pays; 60 % de ces cas ont été enregistrés dans l’Inde et au Pakistan. Onze des pays où la fréquence de la variole est élevée ont préparé ou entrepris des campagnes d’éradication et la plupart des autres ont intensifié leurs programmes de lutte et de vaccination. »

Les pays les plus touchés par la maladie avaient même fermement engagé des programmes consistants de vaccination généralisée, page 75:
– « La lutte contre la variole se poursuit dans tous les pays de la Région Asie du Sud-Est. Le Gouvernement de l’Inde a commencé les opérations sur toute l’étendue du territoire national en octobre 1962. L’OMS … patronne à Madras un programme de recherches sur l’épidémiologie, le traitement et la prophylaxie de la variole. »

Le temps des doutes et de la désillusion

Après ces espoirs et certitudes fermement affichés, le retour à la réalité n’en sera que plus dur comme on peut le lire dans le rapport de la Commission mondiale pour la certification de l’éradication [1] qui fut l’objet de la fête anniversaire du 9 décembre 2019 :

– « Les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. » [1 p.32]
– « En Inde, cinq ans après une campagne nationale d’éradication entreprise en 1962 (55 595 cas ), le nombre de notifications était plus grand (84 902 cas) qu’il ne l’avait jamais été depuis 1958« .

À elle seule, la table des matières est déjà très éloquente car on y lit successivement :

– La stratégie de vaccination de masse : Succès et échecs
– Évolution des stratégies : Caractéristiques de la variole de nature à en faciliter l’éradication
– La stratégie de surveillance et d’endiguement

Le temps des études épidémiologiques

En particulier, les conditions de transmission de la maladie vont être soigneusement étudiées :
– « La période d’incubation est de 10 à 12 jours ; le stade pré-éruptif débute alors brutalement par une fièvre, un état de prostration. Dès les premiers signes de l’éruption, le malade devenait contagieux et pouvait transmettre le virus pendant toute la durée de la maladie. » [p.18]

Il fut capital de réaliser que, si le premier signe de la maladie était une fièvre à plus de 40° obligeant le malade à s’aliter, il ne devenait contagieux qu’avec le début de l’éruption 2 jours après. Ces données seront le fondement de la stratégie de surveillance et d’endiguement qui remplacera progressivement la vaccination de masse.

1 – Les malades furent alors activement recherchés, en particulier par des campagnes d’affichages et en offrant même de l’argent pour tout cas signalé. Dès qu’un cas était repéré, il était isolé.
2 – Les contacts étaient recherchés et isolés,  donc avant de devenir contagieux le cas échéant.

– « Dès lors que les varioleux étaient isolés dans une enceinte où ils n’avaient de contacts qu’avec des personnes correctement vaccinées ou précédemment infectées, la chaîne de transmission était rompue . En identifiant et en isolant immédiatement les contacts qui tombaient malades, on dressait un obstacle à la poursuite de la transmission . » [p. 22]

3 – Il fut tout aussi essentiel de constater que la maladie se propageait le plus souvent à faible distance du malade (moins de 2 mètres en l’absence de systèmes de ventilation) par la voie respiratoire et que les contacts se recrutaient parmi les personnes ayant approché le malade, le plus souvent les proches [p.33] :

– « La variole n’était pas une maladie qui sévissait de façon simultanée et aléatoire dans de nombreux secteurs du pays, mais une maladie à propagation lente qui, à un moment donné, ne frappait qu’une petite proportion des agglomérations. Des exceptions à la règle furent observées, mais l’observation s’est généralement révélée juste ».

Au début du programme [d’éradication], on estimait assez généralement que les virus en suspension dans l’air transmettaient souvent la variole à des personnes se trouvant à des distances considérables et que les couvertures , vêtements et autres contages ainsi que les croûtes des malades étaient souvent à l’origine de poussées épidémiques. Toutefois, des observations épidémiologiques ont montré que ces modes de transmission étaient relativement peu importants.

Pratiquement, tous les varioleux s’étaient infectés par contact proche avec des malades et ils se comptaient parmi les personnes vivant sous le même toit ou celles qui avaient rendu visite aux malades.

Le fait que des non-vaccinés vivant sous le même toit qu’un varioleux échappaient souvent à l’infection montrait bien que la variole n’était pas aussi transmissible qu’on l’avait généralement cru. Des études minutieuses montrèrent qu’un sujet infecté contaminait généralement entre une et cinq personnes.

L’idée selon laquelle la variole provoquait souvent des épidémies foudroyantes occasionnant des douzaines, sinon des centaines de cas se révéla sans fondement. »

Les succès Indous et Javanais

– « La campagne menée en Inde révéla les limites d’une stratégie axée uniquement sur la vaccination de masse dans un pays aussi vaste et densément peuplée que l’Inde, même lorsque la couverture de vaccination atteignait 90%, objectif pourtant difficile à atteindre. En revanche, lorsque des programmes de surveillance active et d’endiguement efficace entrèrent pleinement en action, l’Inde fut en mesure de réaliser l’éradication dans un délai relativement bref. » [p.47]

En Inde, le dernier cas fut observé en mai 1975 .

– « A Java, en dépit de toutes les mesures prises, la variole s’avérait extraordinairement difficile à éradiquer, malgré des taux de vaccination dépassant 90%. Jusqu’à ce que des structures efficaces de dépistage et de surveillance soient entièrement mises en place. » [p. 42]

On y trouve aussi deux citations du Conseil exécutif de l’OMS qui attestent du changement de stratégie qui s’opéra dans la lutte contre la variole  : Il écrit ainsi en Janvier 1959 ([1] annexe 4 ; p 79) :
– « Il a été démontré que l’éradication de la variole dans une zone d’endémicité peut être obtenue par la vaccination ou la revaccination effective de 80% de la population en l’espace de quatre à cinq ans »

Malheureusement, il fut démontré par les faits au cours des années  1960 que cela ne fonctionnait pas,  d’où une évolution très significative de la stratégie :Ce même Conseil exécutif OMS ajoute en Janvier 1970 ([1] annexe 4 p.83) :
– « Notant l’importance que présente la surveillance dans l’état actuel des programmes et estimant qu’il est désormais souhaitable de mettre beaucoup plus fortement l’accent, dans tous les pays, sur le dépistage, les enquêtes et les mesures d’endiguement afin de parer à tous les cas et poussées épidémiques de variole »

Conclusion entre succès et désastre, à suivre…

… Car en 1999, Donald Henderson qui fut le directeur du programme d’éradication à l’OMS pendant sa seconde phase dite intensive, reviendra sur cet événement [5] : « L’éradication n’a été obtenue que de justesse. Dans de nombreuses régions du monde, ses progrès ont oscillé entre succès et désastres, la décision n’étant souvent emportée que par des circonstances très favorables ou des efforts extraordinaires des équipes sur le terrain. » Le rapport de la Commission mondiale le reconnaissait déjà en partie page 32 : « Les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. »

– « Les campagnes de vaccination de masse connurent les plus grand succès dans les pays dotés de services de santé relativement bien développés et bien administrés, de systèmes de notification adéquats et de communications suffisamment bonnes».  Ces précisions sont très intéressantes car elles montrent que:

La vaccination à elle seule ne fut pas suffisante pour éliminer la maladie de certaines régions du monde puisqu’elle échoua là où les conditions énumérées étaient absentes.

Pourtant, ce ne fut pas faute d’avoir vacciné en masse et de façon répétitive.

Il faut aussi constater que l’échec des campagnes de vaccination ne s’est pas limité à l’impossibilité de réduire l’ampleur des épidémies car cela n’expliquerait pas les désastres reconnus par le directeur du programme lui-même. Il n’est pas possible de tout expliquer dans un seul article. Ce sera l’objet d’un autre qui attendra peut-être le 40è anniversaire de la proclamation officielle de l’éradication mondiale le 8 mai 1980. Pour patienter, il y a au moins le poster que j’avais présenté au congrès Adelf-Sfsp de Bordeaux les 17-19 octobre 2013 qui résume l’affaire [6].

 

 

Sources et renvois:
[1] Rapport éradication mondiale  https://apps.who.int/iris/handle/10665/39258
[2] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/39790/WHO_PHP_8_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y
[3] Actes officiels de l’OMS, 1962
https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/89782/Official_record123_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y
[4] https://www.who.int/fr/news-room/detail/13-12-2019-who-commemorates-the-40th-anniversary-of-smallpox-eradication
[5] «  Eradication : Lessons From the Past », MMWR, vol. 48, supplément, 31 décembre 1999 https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/su48a6.htm
[6] Poster congrès Adelf-Sfsp de 2013 https://p4.storage.canalblog.com/42/31/310209/121014493.pdfCrédits image : http://www.histoireforestiereoutaouais.ca/a4/#3

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